Rapt sur la Présidentielle

Publié le 25 avril 2016

Le Général de Gaulle doit se retourner dans sa tombe... 

 

Lui qui était favorable à une véritable diversité des candidatures à l'élection Présidentielle, préférant ainsi laisser aux français la responsabilité de faire le tri - pour reprendre son expression.

Car c'est en totale opposition avec la volonté du Général que ceux qui prétendent agir au nom de sa mémoire viennent d'adopter, en catimini et en plein week-end pascal, la proposition de loi organique modifiant les règles applicables à l'élection présidentielle. 

 

Une loi adoptée dans une indifférence médiatique totalement incompréhensible au vu des conséquences attendues sur le scrutin de 2017. Comment expliquer un tel mutisme autrement que par la connivence. La réponse se trouve certainement dans le montant des subventions accordées à une presse française sous perfusion financière de l'état.

Un chien ne mord pas la main qui le nourrit...

 

Le premier volet de la loi concerne les modalités de recueil des 500 parrainages. Une procédure contestée par les élus qui, dans leur grande majorité, ne donnent pas de parrainage de peur des représailles souvent exercées par les partis. C'est ainsi qu'en 2012, sur les 42.000 signataires possibles, seuls 15.047 parrainages ont été enregistrés au Conseil Constitutionnel, dont plus de 10.000 pour les seuls candidats de l'UMP et du PS.

Je ne m'étendrai pas davantage sur cet aspect de la loi. J'en ai déjà détaillé les conséquences dans un précédent article.

 

L'autre disposition concerne la modification de la stricte égalité du temps de parole dans les médias entre les différents candidats. Cette égalité d'antenne imposée par le CSA courrait traditionnellement sur les 5 semaines que dure la campagne électorale. Elle sera dorénavant limitée à 2 semaines, et laissera toute liberté aux médias de faire la promotion de tel candidat ou de limiter son temps de parole à tel autre. Ce second volet est beaucoup plus polémique car quand bien même les petits candidats auraient surmonté les obstacles mis en place pour les empêcher de récolter les 500 précieux sésames, ils se retrouveraient potentiellement, et en toute légalité, dans l'incapacité de faire entendre leur différence. 

 

Sous un faux prétexte de transparence, la véritable motivation du législateur est évidemment de réduire la possibilité de candidats indépendants de pouvoir faire connaitre leur programme et leurs propositions du grand public. Sachant que les électeurs votent pour ce qu'ils voient à la télé, inutile d'avoir un Bac+5 en poche pour comprendre les raisons d'un tel bidouillage de la loi. Car l'objectif des parlementaires est bien d'éviter un nouveau 21 avril 2002. En effet, avec 16 candidats au premier tour, les votes des électeurs s'étaient dispersés sur une offre exceptionnellement diversifiée, affaiblissant mécaniquement les scores des candidats des partis dits de gouvernement, déjà contestés. La sanction avait été immédiate. 

 

Ces petits arrangements avec la loi sont parfaitement scandaleux et contraires à la démocratie. Alors que 78% des Français se disent prêts à voter à la Présidentielle pour un candidat qui ne serait ni issu, ni soutenu par un parti politique*, ceux-ci se défendent en modifiant à leur profit les règles de base du principe d'égalité entre les candidats. On pensait les ''représentants'' du peuple totalement sourds aux aspirations des citoyens. Cette nouvelle loi vient confirmer le contraire. Ils ont parfaitement entendu leurs revendications et s'en protègent ! 

 

Publication des parrainages, pressions sur les élus et inégalité du temps de parole. La loi vient de rendre officielle la préférence de l'état pour les candidats des partis.Prenons garde qu'un jour prochain, les partis ne décident ni plus ni moins que de supprimer l'élection et de nommer directement le futur chef de l'Etat. 

 

Après tout, il suffirait que la loi le permette... 

*Sondage Elabe réalisé les 16 et 17 février 2016 pour Atlantico

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