Les Pleins pouvoirs

Publié le 10 juin 2019

Vous l’aurez certainement remarqué, les élections européennes sont à peine digérées que toutes les têtes sont déjà tournées vers les municipales de 2020. Au sein des appareils, les grandes manoeuvres sont lancées pour désigner les têtes de listes bankable, définir les alliances, valoriser les initiatives locales et tester les premiers éléments de langage. Impossible d’échapper à la frénésie médiatique. Une campagne en chasse une autre aussi vite que se succèdent les épisodes de Game Of Thrones.

Si les chefs de clans sont à ce point préoccupés par 2020, ce n’est pas uniquement pour leur engagement désintéressé au service de la collectivité. Pour la plupart des partis, ce scrutin local est une question de survie nationale. Outre une présence vitale sur les territoires - et les 9% que reversent traditionnellement les élus à leur famille -, les futurs maires seront aussi des futurs parrains potentiels dans la perspective de la présentation d'un candidat à la présidentielle de 2022. Or, compte tenu de la santé électorale des principales formations politiques, nulle ne peut s’offrir le luxe d’ignorer cet aspect terre-à-terre du scrutin.

Le parti présidentiel n'échappe évidemment pas à ce calcul. Mais pour Emmanuel Macron, les élections municipales sont avant tout une étape incontournable dans sa quête de pouvoir. Car ces élus qui apporteront leur parrainage en 2022 sont aussi ceux qui voteront le renouvellement de la chambre haute aux élections Sénatoriales de 2021. Il est là, l’objectif du chef de l’Etat. Prendre le contrôle du Sénat afin d'éradiquer définitivement les dernières résistances législatives aux projets de lois que sa majorité adopte sans difficulté - et sans opposition - à l’Assemblée nationale. 

Il faut en effet savoir que les 348 sénateurs sont élus au suffrage universel indirect par un collège de grands électeurs dont ni vous ni moi, à priori, ne faisons partie. Ce ne sont donc pas les électeurs qui votent mais les élus eux-mêmes dont les 36.820 maires fraîchement désignés. On apprend par ailleurs dans un article de Public Sénat que le gouvernement envisagerait de modifier le calendrier électoral. Alors que le renouvellement des sénateurs se fait traditionnellement par moitié tous les 3 ans, il serait question de profiter de la prochaine échéance pour remplacer les 348 sièges en même temps. Une première sous la 5ème République qui n’est pas sans éveiller les soupçons. Par ce coup de billard en 2 bandes, les élus LREM aux municipales pourraient offrir au Président Macron la majorité absolue au Sénat. 

Pour faciliter sa victoire, Emmanuel 1er pourra compter sur la loyauté sans faille de certains élus LR qui, dès le lendemain de leur déroute européenne, ont renié leur clan pour mieux se précipiter vers la gamelle que leur tendait le parti présidentiel (cf tribune des 72 maires). Ces vieux briscards du mandat, davantage intéressés par leur réélection que par leurs convictions, seront accompagnés de nouvelles recrues inexpérimentées qui viendront remplacer les élus sortant. 1 Maire sur 2 refuserait en effet de rempiler pour un nouveau mandat (cf article). Une aubaine pour Emmanuel Macron qui, à l’instar de son succès aux élections législatives, n’aura aucune difficulté pour trouver des candidats dociles et redevables.

 

Cette vaste campagne de recrutement a d’ailleurs été lancée sur internet par LREM. Comme de nombreux internautes, j’ai moi aussi reçu cette invitation sous l’intitulé « La République, c’est vous ! ». Voici ce que dit le message : « EM a lancé une campagne d’appel à l’engagement à destination des Français et des Françaises. Elle invite tous ceux et celles qui le souhaitent à rejoindre LaREM et à participer à cette élection. Vous pouvez dès maintenant déposer votre candidature en remplissant ce formulaire en ligne ». Il va sans dire que les candidats ne seront officiellement investis qu’à condition de s’engager à respecter « les valeurs et principes du mouvement ». Comprenez « faire ce qu’on leur dira de faire ». Une sorte de variante du Contrat avec la Nation que les candidats En Marche avaient dû signer pour être investis aux Législatives de 2017.

2020 sera donc une année décisive. En cas de victoire aux élections Municipales, Emmanuel Macron s’offrira la possibilité de prendre le contrôle du parlement, enterrant ainsi le principe de séparation des pouvoirs entre Exécutif et Législatif. On ne peut évidemment présager de ce que fera le monarque d’un aussi grand pouvoir. Il n’est pas superflu en revanche de s’interroger sur les dysfonctionnements institutionnels permettant à un homme représentant 18% des électeurs au 1er tour de la présidentielle de se voir attribuer de si grandes responsabilités. 

Si un tel scénario venait à se réaliser, il ne fait aucun doute que notre démocratie vivrait ses derniers jours. 

 

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