La Peste ou le choléra ?

Publié le 25 avril 2017

S’il n’y avait qu’un mot à retenir de la campagne de 2017, ce serait dégagisme. Déjà, à l’occasion des primaires, l’ensemble des ‘’têtes de gondoles’’ des partis ont été écartées du 1er tour. Duflot, Valls, Sarkozy, Juppé, tous ceux qui, à un moment ou un autre, ont exercé le pouvoir ou l’ont incarné ont été renvoyés au vestiaire par les électeurs de leurs propres camps. Une vague contestataire globale venue  sanctionner le carriérisme et exprimer une réelle volonté de rénovation du paysage politique. 

Ce désir de changement n’est pas nouveau. Depuis de nombreux scrutins, la promesse d’un changement est devenu le leitmotiv des candidats à la Présidentielle. Le résultat de dimanche soir ne fait que confirmer cette tendance. Car le principal enseignement du 1er tour reste avant tout l’échec des partis dits ‘’de gouvernement’’. A Droite, François Fillon redevient un militant - et un justiciable - comme les autres. Sa défaite ravive les querelles internes aux Républicains. Une nouvelle guerre des chefs s’annonce sur fond de Législatives. On attend le retour de Nicolas…

A Gauche les choses sont plus simples. La plupart des responsables du PS ayant trahi leur candidat en ralliant Emmanuel Macron, le parti n’est plus qu’une coquille vide. Benoit Hamon dépasse à peine les 6% ; un score de ‘’petit candidat’’…

Exit les partis traditionnels. Les électeurs auront préféré les 2 candidats qui, pour des raisons diverses, incarnent une forme de renouveau. Le sont-ils vraiment ? Permettez-moi d’en douter.

Vendu par les médias comme on le ferait d’un smartphone dernier cri, Emmanuel Macron, n’est pas réellement le candidat ‘’anti-système'' qu’il prétend être. Il n’y a qu’a constater la longue liste de ses soutiens pour comprendre que derrière la façade marketing, la réalité politique est toute autre. Jugez plutôt : Alain Minc, Jacques Attali, Jean Pisani-Ferry, (conseiller financier de Hollande), Valls, Le Drian, Pompili, Bayrou, de Rugy (qui a lui aussi  trahi ses engagements pris à la Primaire PS), Lepage, Kouchner, Raffarin, Hue, Douste-Blazy, Cohn-Bendit, Perben…pour ne citer que les plus emblématiques. C’est ça aussi le ‘’renouveau Macron’'. Une entreprise de recyclage politique.

Quelle crédibilité peut-on accorder à un candidat ‘’anti-système’’ quand autant de représentants dudit système participent à sa campagne ?

Face à lui, l’autre visage du changement est incarné par l’héritière d’un mouvement dont l’objectif de ces 6 dernières années aura été de gommer l’image détestable de son prédécesseur. Un grand lifting marketing engagé par Marine Le Pen dès sa prise de pouvoir en 2011 à la tête de la PME familiale. Mais soyez certains que ce travail de packaging n’a été entrepris que pour masquer la continuité de l’idéologie historique. Les vieilles recettes sont intactes ; on ne change que l’emballage…

La formidable mise en scène médiatique du drame familial entre les Le Pen père et fille aura été l’un des éléments marquants de ce plan Marshall de normalisation du FN. Une ‘’rupture’’ théâtralisée à l’extrême qui n’est pas sans rappeler la trahison d’Emmanuel Macron pour François Hollande, autre grand moment de communication politique et de manipulation de l’opinion. Car personne n’est dupe. Dans les 2 cas, ces événements sur-médiatisés avaient pour unique but de permettre aux héritiers du pouvoir de rompre avec une filiation politique devenue trop encombrante.

Pour éviter qu’un tel non-choix ne soit offert aux électeurs, il aurait été tellement simple de tirer les enseignements de 2002 et reconnaître le vote blanc. Par cette mesure de bon sens plébiscitée par 85% des électeurs, les votes protestataires se seraient fixés sur un outil et non sur un candidat. Au lieu de cela, le recours au ‘’Front Républicain’’ contre le Front National est présenté comme une solution par défaut qu’il convient de respecter sans sourciller. A droite comme à gauche, on s’empresse de rallier l’ancien adversaire. Fini le ‘’traitre’’ du PS. Oublié le ‘’Emmanuel Hollande’’. L’ennemi d’hier est devenu la seule option acceptable. On découvre par la voix de Christian Estrosi que le Général de Gaulle lui-même était ‘’En Marche’’. La bêtise n’a plus de limites. Toute manifestation de réflexion rationnelle sera jugée comme suspecte. Le mot d’ordre tourne en boucle sur toutes les chaines d’infos : ‘’Faire barrage au FN’’. 

Au risque de déplaire à la bienséance communément admise, je refuse de me plier aux injonctions de la pression sociale. Je veux pouvoir exprimer mon insatisfaction et mon exigence vis-à-vis du personnel politique sans être coupable de ne pas avoir respecté les consignes morales du ‘’politiquement correct’’.

Le ‘’ni-ni’’ n’est ni de l’indécision, ni de l’irresponsabilité. 

C’est l’affirmation d’un refus assumé, le refus de devoir choisir entre une supercherie et une erreur. Sans la moindre hésitation, le 7 mai prochain, j’irai voter mais ma voix n’ira à aucun des candidats. Je resterai fidèle à mes convictions. Mon vote sera ‘’blanc’’.

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