Péché capital

Publié le 8 mai 2019

Il y a, dans le refus d’Emmanuel Macron à reconnaître le vote blanc, quelque chose de révélateur de sa filiation avec l'ancien monde politique et ses pratiques détestables. C’est en effet avec un extraordinaire mépris que le chef de l’état écarte d’un royal revers de main une revendication pourtant plébiscitée par la très grande majorité des Français, y compris dans ses propres rangs. Les marcheurs apprécieront.

La reconnaissance du vote blanc est défendue par de nombreuses associations, certaines depuis plus de 30 ans. Cette mesure fait l’objet d’une pétition soutenue par plus de 300.000 signataires. Elle a été l’une des principales revendications issues du Grand Débat national. Un tel plébiscite interroge forcément sur les réelles motivations présidentielles. Comment le représentant du peuple peut-il agir à ce point en opposition avec ceux qu’il est censé représenter ?!

Au-delà du mépris Jupiterrien à l'égard des Gaulois réfractaires et illettrés que nous sommes, les arguments invoqués laissent pantois : « La question du vote blanc n'est pas négligeable mais je ne la retiendrai pas. On doit choisir. Parfois le moindre mal ou le mieux possible ».

C’est donc officiel, l’objectif du suffrage universel n’est pas d’exprimer un avis mais simplement d’élire un candidat, quel qu’il soit. Un mauvais ou un ripoux fera l’affaire. Peu importe que sa victoire soit acquise par adhésion ou par rejet. L’opinion du peuple est accessoire. Toute manifestation d’une forme d’exigence citoyenne à l’endroit des élus est secondaire. Emmanuel Macron s’inscrit dans la longue tradition du vote par défaut. Il réduit l’acte de vote en un banal exercice comptable de désignation d’un élu. Il érige le principe de médiocrité en valeur cardinale, et à ce jeu-là, il faut le reconnaître, les français ont l’embarras du choix.

Mais la décision du monarque n’est évidemment pas due au hasard. Certainement inspiré par Machiavel, sujet sur lequel il aurait rédigé un mémoire de fin d'études, Emmanuel Macron vise sa propre réélection de 2022. Son calcul est simple : laisser monter le Rassemblement National plutôt que l’affaiblir et contenir le pouvoir de nuisance des autres formations politiques à un niveau proche du zéro. Il désigne ainsi Marine Le Pen comme seule opposante à sa politique et, dans une forme de bégaiement de l’Histoire, entend bien rejouer le match de 2017, certain d’une nouvelle victoire en 2022.

Il est là, le péché d’orgueil d’Emmanuel Macron. Dans un excès d’arrogance, et en dépit des records d’impopularité qui se confirment au gré de son quinquennat, il s’imagine déjà victorieux au second tour contre une extrême droite pourtant galvanisée par la colère d’un peuple trahi. La conséquence de tant de vanité pourrait bien s'avérer dramatique pour le pays car le chiffon rouge ne fait plus peur. Face à la vague de dégagisme qui touche l’ensemble d’une élite auto-proclamée et solidaire, le vote Marine Le Pen apparait désormais aux yeux de nombreux électeurs comme une option acceptable, un vote envisageable, un choix presque assumé…celui qu’ils n’ont pas encore essayé.

Alors que le vote blanc au premier tour lui aurait barré l’accès au second, le ras-le-bol électoral continuera à alimenter le Rassemblement National, au point, un jour peut-être, de lui offrir la victoire. Il était pourtant là, le fameux ‘’barrage au FN’’. Or, en l’absence d’un outil de contestation politique neutre, rien n’empêche dorénavant Marine Le Pen de s’installer durablement comme l’unique alternative à la politique du gouvernement.

Emmanuel Macron avait une une opportunité de rentrer dans l’Histoire. Il en sortira par la petite porte et la tête basse, tout comme son prédécesseur à qui il doit sa carrière. Il restera dans les livres comme celui qui, par excès d’orgueil et d’aveuglement, a déroulé le tapis rouge à Marine Le Pen jusqu’aux portes de l’Elysée.

N’est pas Machiavel qui veut….

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