Le Pays des Souris

Il était une fois, dans une galaxie lointaine, très lointaine, un lieu imaginaire, un pays merveilleux appelé le Pays des souris

C’était un lieu ou vivaient, travaillaient et jouaient toutes les petites souris, où elles naissaient et mourraient. 

Le pays des souris était bien organisé. Chacune avait sa place et jouait un rôle dans la société. Elles avaient même un parlement et tous les 5 ans, elles votaient pour leurs représentants…

Ainsi, à chaque élection, toutes les petites souris avaient pris l’habitude de se rendre aux urnes afin d’élire leur gouvernement, un gouvernement constitué exclusivement… de gros chats noirs. 

La plupart des chats noirs faisaient bien leur travail. Ils dirigeaient leur gouvernement avec dignité et écrivaient de bonnes lois, c'est-à-dire des lois qui étaient bonnes pour les chats. 

Une de ces lois disait que les poches des souris étaient trop petites pour que les grosses pattes des chats noirs puissent y entrer. Il fallait donc, pour le bien du Pays des Souris, que leurs poches soient agrandies de sorte qu’on puisse les vider plus facilement. Une autre loi stipulait que les souris ne travaillaient pas assez longtemps et qu’il convenait, dans l’intérêt de leur pays, qu’elles continuent à cotiser toute leur vie pour financer le système des retraites; le leur mais aussi celui des chats noirs qui était bien plus avantageux.

Toutes ces lois, qui étaient bonnes pour les gros chats noirs, n’étaient évidemment pas bonnes pour les petites souris. Elles les trouvaient même de plus en plus dures et, quand elles ne purent plus les supporter, quand leur vie fut devenue trop difficile, les souris décidèrent qu’il fallait faire quelque chose. Il fallait que ça change !

Alors elles se rendirent en masse aux urnes et votèrent contre les gros chats noirs pour élire… des gros chats blancs…! 

Il faut dire que les chats blancs avaient fait une campagne géniale. Ils disaient: « Le Pays des souris est trop taxé. Si vous votez pour les chats blancs, nous n’augmenterons pas la TVA, nous baisserons les impôts et nous ramènerons la retraite à 60 ans. Le changement, c’est maintenant ! » 

Les chats blancs furent donc élus. Mais ils ne firent rien de ce qu’ils avaient promis. Pire, ils prenaient les mêmes décisions que les chats noirs. Normal, après tout…c’était des chats eux aussi.

La vie devint plus dure que jamais ; pas celle des chats, celle des souris. Et quand les souris ne purent en supporter davantage, elles votèrent contre les chats blancs en élisant les chats noirs à nouveau pour, plus tard, revenir aux chats blancs et, à nouveau, aux noirs. Elles venaient d’inventer la « Chalternance ».

Elles essayèrent même avec des chats rayés bi-couleurs, moitié noirs, moitié blancs. Elles appelèrent ça la « co-Chabitation ».

Un jour, lassées de voir que les chats noirs et les chats blancs étaient identiques, les petites souris décidèrent d’élire le chat Siamois. 

Le chat Siamois était très malin. Il avait bien compris que les souris ne voulaient plus entendre parler des Chats qui gouvernaient le pays depuis trop longtemps. Comme les souris ne le connaissaient pas, il se dit qu’il avait une chance. Le chat Siamois était un excellent communicant. Il arrivait à faire croire aux souris qu’il n’était pas vraiment un chat et qu’il allait les débarrasser des chats noirs et des chats blancs. La télé des souris, qui appartenait aux Chats, n’arrêtait pas de répéter que le chat Siamois venait de nulle part, que son poil était soyeux et son regard perçant, que c’était un très beau chat comparé aux vieux chats noirs et blancs. Il brillait tellement sous les projecteurs qu’on ne voyait que lui. 

Le chat Siamois gagna l’élection, non grâce à son programme mais uniquement par rejet du Chat de gouttière qui était en finale contre lui. Celui-là était trop dangereux. Il s’en prenait aux journalistes, criait que les chats noirs et les chats blancs étaient ‘’tous pourris’’ et que si le Pays des Souris allait si mal, c’était la faute des mulots du pays voisin qui venaient manger dans leur assiette. Il avait l’air séduisant, ce chat de gouttière. Il parlait comme les souris…mais il mangeait comme un chat..!

Malheureusement, les souris réalisèrent trop tard qu’elles avaient encore été bernées. Après son élection, le chat Siamois fit tout et n’importe quoi sous prétexte que c’était dans son programme et qu’il avait été élu pour l’appliquer. Il faisait des cadeaux aux chats persans qui avaient financé sa campagne et habitaient dans les beaux quartiers. Pendant ce temps, il taxait les jeunes chatons qui cherchaient à se loger et les vieux matous qui avaient travaillé toute leur vie. 

Le gouvernement du chat Siamois était même constitué de vieux chats blancs et chats noirs que les souris avaient éliminés pendant la campagne. Alors les souris se résignèrent. Elles se dirent qu’il n’y avait aucune différence entre les chats noirs, blancs, gris ou siamois et que finalement, ça ne servait plus à rien de voter.

Puis un jour, une souris prit la parole et dit aux autres souris : « Voyez-vous, le problème ce n’est pas la couleur des chats. Le problème est qu’ils sont des chats. Et comme ils ne sont que des chats, ils ont naturellement des intérêts de chats, pas de souris ».

Elle ajouta : « C'est à nous, petites souris, de décider des lois qui nous semblent justes pour le Pays des Souris  ». 

*Ce texte est une libre adaptation du discours de Tommy Douglas (1944) ancien premier ministre Canadien

http://lucky.blog.lemonde.fr/2012/01/29/mouseland-tommy-douglas-en-1944-au-canada/

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