Paradise Papers

Pour le commun des mortels, l’idée du paradis sur Terre renvoie immédiatement à cette image d’île déserte bordée de sable blanc, de soleil et d’eaux turquoises. Seychelles, Maldives, Ile des Pins, Bora-Bora, autant de noms évocateurs qui, pour toute souris qui se respecte, invitent à la rêverie et alimentent les désirs d’évasion. 

Pour les chats qui nous gouvernent - je mets volontairement dans le même sac les dirigeants politiques et les industriels qui financent leurs campagnes en échange d’une loi bienveillante - ces destinations de rêve se nomment Ile de Man, Jersey, Luxembourg, Delaware, Malte ou encore Bermudes. Mais que les choses soient claires, l’intérêt de ces petits coins de paradis ne tient pas en la beauté de leurs plages. Personne n’atterrit pas sur l’Ile de Man uniquement pour la douceur de son climat. Si les grandes fortunes du monde ont choisit de s’y établir, c’est uniquement pour planquer leur fortune. 

 

Bienvenues aux Paradise Papers !

 

Il faut dire que les dernières révélations de l’ICIJ (Consortium International des Journalistes d’Investigation) ont de quoi choquer les pauvres souris besogneuses que nous sommes. La liste non-exhaustive de personnalités ou de multinationales pratiquant ce qu’on appelle pudiquement l’optimisation fiscale fait tourner la tête. De Bernard Arnault à Apple en passant par Whirlpool, Total ou la Reine d’Angleterre, ils sont nombreux, ces premiers de cordée, à profiter de dispositifs légaux leur permettant d’échapper à l’impôt. 

 

Au total, l’enquête des Paradise Papers estime à près de 350 milliards d’euros le montant des recettes fiscales manquantes dans les caisses des états lésés. 

 

Au-delà des noms et des sommes astronomiques, ce qui surprendra le pékin lambda est l’existence même de ces montages financiers complexes, de la myriade de comptes offshores, de sociétés écrans sans réelles activités et autres cabinets d’avocats spécialisés dans ce qu’il convient d’appeler de l’évasion fiscale. Un puzzle géant, sorte d’association de malfaiteurs, où les bandits et les contrebandiers ont carrément pignon sur rue et agissent en plein jour. Car le plus révoltant dans cette histoire, c’est que tout ceci est parfaitement légal. 

 

Pour le citoyen ordinaire, soumis au paiement de l’impôt sans possibilité de s’y soustraire, l’existence de tels dispositifs de fraude en bande organisée est un véritable scandale qui lui coûte très cher. Un rapport parlementaire de 2013 estime que chaque année, l’évasion fiscale représenterait 60 milliards d’euros de manque à gagner dans les caisses de l’Etat. Pour comparaison, la fraude au RSA, régulièrement épinglée dans la presse, représente moins de 100 millions d’euros. Une broutille au regard des sommes en jeu.

 

Rappelons que ces 60 milliards manquants, c’est autant de budget en moins pour les hôpitaux, les écoles, la police ou les infrastructures du pays. 60 milliards en moins, c’est surtout une facture dont devront s’acquitter l’ensemble des contribuables, vous et moi, pour compenser le manque à gagner. Car il ne faut pas se faire d’illusion, l’argent que les Chats ont réussi à planquer aux Bermudes ou au Luxembourg, ce sont autant de taxes que les Souris devront supporter. En d’autres termes, ce que les plus riches ne paient pas, nous le payons à leur place !

Vous vous demandiez pourquoi les traditionnelles augmentations du 1er janvier ?..

 

Un tel montant peut sembler abstrait dans un pays où la moitié de la population active gagne à peine plus d’un SMIC. Pour que les choses soient plus concrètes, l’équipe d’Osons Causer s’est aventurée à un calcul simple. En divisant les 60 milliards de recettes manquantes par 36 millions de contribuables français, cela représente un chèque d’environ 136€ versé chaque mois à l’état par chaque contribuable. Là c’est déjà plus concret, non?

 

La seule solution pour mettre un terme à ces pratiques passe par la modification des textes législatifs. Or, les lois étant faites par ceux qui en tirent un bénéfice, le pouvoir politique en a-t-il réellement la volonté ? Pour être franc, je doute sérieusement de la mise en place d’une harmonisation fiscale au niveau européen, ce qui serait pourtant la seule façon d’éviter que de tels scandales ne perdurent. 

 

On se souvient des déclarations tonitruantes de Nicolas Sarkozy en 2008 : « les paradis fiscaux, c’est terminé », avec les résultats que l’on connait. 

Après avoir accordé une ristourne fiscale aux plus grandes fortunes de France, peut-on également attendre d’Emmanuel Macron qu’il vienne aujourd'hui les contraindre à payer leurs impôts comme n’importe quels autres contribuables français ? Ce principe d’équité devant l’impôt serait alors en contradiction avec la Théorie du ruissellement qui a justifié la récente modification du calcul de l’ISF.

 

Autant dire que les portes du jardin d’Eden pour milliardaires ne sont pas prêtes de se refermer. Car tant que le Pays des Souris sera gouverné par des Chats, que les lois seront élaborées par ceux qui en profitent et qu’aucun contre-pouvoir citoyen ne sera mis en place pour contrôler le travail du législateur, ces nouveaux « Panama papers » finiront comme tous les papiers du même genre, à la poubelle…

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