NDDL : l'Etat de non-droit

On la sentait arriver depuis quelques jours. La décision d’abandonner le projet NDDL vient d’être confirmée par Edouard Philippe lors de sa conférence de presse de mercredi midi. 

 

On applaudira ou on regrettera cette décision selon que l’on soit pro ou anti Notre-Dame-des-Landes. Comme la grande majorité des Français, n’étant pas moi-même directement concerné par ce projet controversé, je n’ai jamais eu d’avis tranché sur la question. Abandonner le projet n’est donc, à mes yeux, ni une bonne, ni une mauvaise décision.

 

En revanche, je m’interroge sur les arguments avancés par le premier ministre. « Les conditions ne sont pas réunies ». Tels sont les mots qui ont été choisis pour justifier la décision du gouvernement. Il y a là de quoi surprendre.

 

Ce projet, vieux de 53 ans, est en effet l’aboutissement d’une procédure administrative longue et complexe. Un appel d’offre a été remporté légalement par Vinci et une Zone d’Aménagement Différée - la fameuse ZAD - a été délimitée. Les expropriations ont été engagées ; les agriculteurs et les propriétaires des terrains concernés ayant été indemnisés par l’Etat. 

En 53 ans, tous les recours juridiques possibles ont été déposés par les divers opposants au projet. Ce sont au total près de 180 décisions de justice qui ont été rendues, toutes en faveur du maintien du projet de construction du nouvel aéroport.

 

Le 26 juin 2016, les électeurs de Loire Atlantique se sont prononcés par referendum - une consultation pour être précis - sur la suite de NDDL. La question était on ne peut plus claire : « Êtes-vous favorable au projet de transfert de l'aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? ». On relèvera au passage la déclaration de Manuel Valls, alors Premier Ministre de François Hollande : « En cas de victoire du "oui", les travaux débuteront dès l'automne suivant ». Le « oui » l’emporta avec 55,17 % des voix. Le premier coup de pelle, lui, n’a jamais eu lieu…

 

La quasi totalité des élus locaux se sont également déclarés favorables au projet. Ce nouvel aéroport étant, à juste titre, considéré comme un vecteur de développement économique du grand Ouest.

 

Face à une telle accumulation d’évènements plaidant légitimement en faveur de la construction du nouvel aéroport, l’argument du Premier Ministre à donc de quoi surprendre. Comment les conditions auraient-elles pu être plus favorables ?!

 

Je m'interroge notamment sur le respect de l’Etat de droit dont se revendique pourtant nos représentants dès que l’occasion se présente. Comment, dans une démocratie telle que la nôtre, peut-on aller à l’encontre d’une décision populaire obtenue par referendum et confirmée par une succession de décisions juridiques ?

 

Ceci est d’autant plus surprenant qu’au cours de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’était clairement engagé en faveur du maintient de NDDL : « Il y a eu un vote. Mon souhait, je le redis très clairement, c’est de le respecter ». On comprend difficilement la soudaine marche arrière du chef de l’Etat.

 

Combien cette histoire va t-elle coûter aux contribuables ? C’est évidemment l’autre question qui se pose. 

 

On se souvient du désastre financier de l’écotaxe de Ségolène Royal. Un incroyable gâchis d’argent public dont la facture s’est élevé à 1,2 milliards d’€. Dans le cas de NDDL, les clauses du contrat qui lie l’Etat à Vinci sont assez semblables. On parle déjà d’une pénalité de 350 millions d’€ pour rupture abusive de contrat.

 

Pour mieux nous faire gober la pilule, le rouleau compresseur médiatique est en marche. Les éléments de langage soigneusement choisis par le gouvernement et un mot d'ordre qu'il convient de marteler : « Enfin une décision ! »

Les élus LREM occupent les plateaux radio et TV et reviennent inlassablement sur les années de procédures et la décision ‘’historique’’ enfin assumée. La seule information importante à retenir est que, contrairement à ses prédécesseurs, le Président Macron, lui, a tranché !

Il y a dans cet excès de communication une volonté évidente de nous faire accepter ce qui s’apparente bel et bien à un déni de démocratie. Dans le commerce, on appelle ça de la vente forcée…

 

A la manipulation mentale, vient s’ajouter celle des chiffres et des sondages opportunément commandés aux instituts ad’hoc. Ainsi, pour nous faire oublier les résultats trop encombrants du referendum du 26 juin, la presse nous assomme avec ceux d’un sondage réalisé auprès d’un échantillon de 1000 personnes ‘’représentatives de l’ensemble de la population’’. On apprend donc que près de 80% des français seraient d’accord avec la décision d’abandonner NDDL.

La bonne blague. Aucun institut en revanche n’a eu l’idée d’interroger uniquement les personnes concernées. On se demande bien pourquoi…

 

« La lâcheté et le renoncement ont un prix » avait dit NKM au sujet de Ségolène Royal. Mais en reniant sa propre parole et en ignorant la volonté exprimée par les électeurs de Loire Atlantique, la facture de NDDL est avant tout démocratique. Elle hypothèque la crédibilité de l’action de l’Etat et confirme 2 messages désastreux pour la confiance des citoyens en leur représentants.

Le premier est qu’ils ne respectent pas les consultations publiques quand elles ne les arrangent pas. Le deuxième est qu’à la fins des fins, il suffit à un petit groupe d’individus de bloquer l’action de l’Etat pour empêcher de manière durable tout projet politique. 

 

Les Zadistes de France et de Navarre ont bien reçu le message…

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