Macron, président des riches ?

L’idée fait peu à peu son chemin dans l’opinion. Sur les réseaux sociaux, mais aussi dans la presse, de nombreux commentateurs ne se posent désormais plus la question et n’hésitent pas à l’affirmer. 

Ce sentiment n’est-il qu’une impression que rien ne justifie réellement ou repose t-il sur des faits avérés ? A l’image d’une météo rigoureuse, le ressenti est-il plus important que la réalité des mesures ?

Dans son étude du programme présidentiel, le très sérieux OFCE-SciencesPo, qu’on pourra difficilement qualifier de repaire gauchiste, apporte des éléments de réponse très concrets. Il affirme en effet que la moitié des mesures fiscales prévues sur le quinquennat (46% pour être précis) profiteront en priorité à 10% des contribuables français les plus riches. Ça donne déjà une tendance générale…

De toutes les mesures annoncées, la plus emblématique concerne la modification du calcul de l'ISF. Cette question de la fiscalité des plus riches est évidemment importante car elle est à la fois un marqueur de la politique économique du pays et un symbole fort - surtout pour un gouvernement prétendument de gauche.

 

Le nouveau mode de calcul annoncé par Emmanuel Macron prévoit désormais d’exclure de l’impôt tout ce qui n’est pas strictement immobilier. Cette exclusion concerne ainsi les placements financiers, les investissements dans les entreprises et autres portefeuilles d’actions mais aussi les oeuvres d’art, les lingots d’or, les voitures de luxe, etc… L’impôt sur la fortune (ISF) se limitera dorénavant à une sorte d’impôt sur le patrimoine immobilier.

Or, il faut savoir que chez les plus grandes fortunes françaises - les fameux 1% des plus riches - la part du patrimoine immobilier ne représente en moyenne pas plus de 16% de l’ensemble de leur patrimoine global. Ainsi, dans ce club très fermé de contribuables ultra riches - parmi lesquels les fameux Bettencourt, Arnaud, Bolloré et autres milliardaires de renom - on peut estimer à 84% la part de revenus non immobiliers, désormais exclut du calcul de l’impôt. Vous l’avez compris, 84%, c'est le montant de la ristourne fiscale offerte à l’élite financière française par Emmanuel Macron. 

Le cadeau à de quoi faire grincer quelques vieux chicots chez les sans-dents, et on les comprendra. Pour se justifier, le gouvernement présente ce nouveau calcul comme une mécanique vertueuse destinée à stimuler l’investissement privé dans l’économie réelle du pays. Cette théorie aurait même un nom : la Théorie du ruissellement. Son principe est simple. Il s’agit de remplir les coupes de champagne placées tout en haut de la pyramide sociale afin qu’elles débordent et viennent ensuite remplir les verres à moutarde de la population placés à la base de la pyramide. Ce qu’elle ne dit pas en revanche, c’est combien de temps les 10% de privilégiés pourront continuer à se gaver avant que l’eau des 90% ne commencent à se changer en vin. 

Si l’on peut évidemment douter de l’efficacité d’une telle mécanique économique, il ne fait aucun doute que d’un point de vue purement politique, ce cadeau fiscal ressemble à un retour sur investissement accordé à celles et ceux qui ont contribué financièrement à la campagne présidentielle de l’ancien banquier d’affaire. Après tout, on a les amis qu’on peut…

 

Toujours est-il qu’en s’attaquant aux APL des jeunes et à la CSG des retraités tout en allégeant dans le même temps l’imposition des plus fortunés, le message du gouvernement est pour le moins ambiguë. Il donne à la population le sentiment d’un décalage entre les effets d’annonce et la réalité des faits. Dès lors, les quelques mesurettes en faveur des classes inférieures seront interprétées comme un écran de fumée visant à masquer des décisions impopulaires. 

Selon qu’on soit placé en haut ou en bas de la pyramide, chacun pourra donc apprécier le bien fondé de la politique économique de ce gouvernement. Mais contrairement à un banal problème de météo trompeuse, il apparait désormais de plus en plus évident, au vue des réformes engagées comme de celles à venir, que l’expression ‘’Macron, président des riches’’ ne soit pas uniquement un problème de ressenti.

Inscription à la Lettre du Pays des Souris

Inscrivez-vous à la Newsletter et recevez tous les 15 jours mon analyse décalée de l'actualité politique du pays.

©Stephane Guyot 2019 - Tous droits réservés