Macron / Hollande : l'accord secret

Publié le 6 septembre 2016

Je ne sais si on peut réellement qualifier une information attendue par tout le monde de ‘’scoop’’, mais  la sortie d’Emmanuel Macron du gouvernement est autant une surprise que l’annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy à la primaire de la droite. L’emballement hystérique des médias à mettre en scène ce genre de non-information est, dans un cas comme dans l’autre, révélateur du lien de dépendance réciproque entre pouvoir politique et médiatique. L’émotion surjouée des commentateurs étant désormais retombée, peut-être allons-nous enfin pouvoir réfléchir quelques instants.

Contrairement au cas Sarkozy, il faut bien admettre en toute objectivité que la candidature plus que probable de Macron est porteuse d’espoir pour un grand nombre d’électeurs. Car, qu’on le veuille ou non, on ne peut ignorer qu’avec son look de premier de la classe et sa gueule de gendre idéal, le ‘’golden-boy’’ de Bercy incarne une forme de renouvellement de la classe politique dirigeante.

La raison est simple. Emmanuel Macron c’est avant tout une nouvelle tête, quelqu’un que le public ne connaissait pas avant son entrée à Bercy il y a 2 ans. Une tête nouvelle et jeune, 38 ans, qui donne sa pleine mesure à l’expression ‘’dinosaures du PS’’ souvent utilisée pour qualifier ces apparatchik qui polluent le paysage depuis 30 ans. Comble de l’ironie, son successeur n’est autre que Michel Sapin, déjà ministre de l’économie il y a…24 ans !  Tout un symbole…

Mais au-delà des apparences avantageuses, la carte maîtresse d’Emmanuel Macron est de n’appartenir à aucun parti politique. Pas même au PS. Et dans un contexte de défiance totale des citoyens à l’égard des partis traditionnels, cette apparente liberté de ton est certainement vécue par nombre d’électeurs comme le gage d’une liberté d’action, pragmatique et non dogmatique. 

Emmanuel Macron incarne donc ce renouveau à gauche capable de séduire au-delà des clivages habituels.

Tous les superlatifs ont été utilisés pour commenter sa sortie du gouvernement. ''Un traître, un Brutus…un Balladur !''

Les commentaires sont unanimes pour nous expliquer que ce départ est indéniablement un coup bas qui affaiblit un peu plus encore les chances de Hollande à sa propre succession.

 

Personne en revanche ne s’est aventuré sur une toute autre hypothèse que, pour ma part, je crois tout à fait plausible.

Et si tout ceci n’était qu’une mise en scène ? Et si, dans une entente cordiale indéfectible, les deux hommes étaient en train d’exécuter un plan digne des plus grandes heures du Mitterrandisme ? Car si l’incompétence de Hollande à diriger le pays est aujourd'hui une réalité objective, il ne faudrait pas considérer trop vite que notre président soit totalement idiot. Je le crois même suffisamment lucide pour savoir que son échec est général. Les frondeurs ont pourri son quinquennat, ses anciens ministres le trahissent les uns après les autres, la gauche de la gauche fait cavalier seul. Quoi qu’il fasse désormais, l’opinion publique ne lui pardonnera jamais les 5 années qu’il lui aura fait subir.

Dès lors, se sachant incapable d’inverser sa courbe de popularité - le Parti Socialiste prenant lui aussi l’eau de toutes parts - n’y aurait-il pas derrière l’apparente trahison de Macron un plan mortifère visant à couler définitivement le navire ''Parti Socialiste'', et avec lui, tous ceux qui l’ont réellement trahi ? Et si, au contraire d’un traître, Macron était plutôt l’instrument de Hollande ; l’instrument de sa vengeance mais aussi celui de la victoire de la ‘’Gauche’’ sur la ‘’Droite’’ d’un Nicolas Sarkozy plus revanchard que jamais ? L’objectif de ce sacrifice collectif : reconstruire une gauche ‘’new look’’, débarrassée de son logo historique et poussiéreux aujourd'hui porté comme un fardeau par le peu d’adhérents qui lui reste. Sacrifier le Parti est un prix acceptable pour garantir la victoire de sa famille politique. Et après tout, Emmanuel Macron ne répète t-il pas lui-même à qui veut l’entendre qu’il n’est pas ‘’socialiste’’ mais ‘’de gauche’’ ?  

'Si je tombe, vous tombez tous avec moi’’. Telle pourrait être l’épitaphe rédigée de la main de Hollande sur la tombe du PS. Mais considérer le départ de Macron uniquement comme une allégorie de Brutus assassinant César reviendrait à ignorer trop rapidement la réalité toute machiavélique du jeu des petits calculs politiciens. Une réalité que Francois Hollande, en bon élève du gourou de Jarnac, maitrise parfaitement, et que nous rappelle l’ancien président Franklin Roosevelt : « En politique, rien n’arrive pas hasard. Chaque fois qu'un évènement survient, on peut être certain qu'il avait été prévu pour se dérouler ainsi ».

Entre Brutus et Pygmalion, l'entente cordiale de Hollande et Macron n'a peut-être pas encore livré tous ses secrets. 

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