Légion d'honneur à un tyran, 

le déshonneur de la France

Publié le 5 mars 2016

Nous savons tous que le président de la République jouit d'une immunité juridique totale pendant la durée de son mandat. Bien que parfois discutable, cette ''irresponsabilité'' devant la loi est garantie par l'article 67 de notre constitution qui définit tant le principe général que le caractère immuable de cette ''impunité présidentielle''. 

 

Ce que les français connaissent moins en revanche, c'est l'article 68 de cette même constitution qui prévoit ni plus ni moins que la destitution du président de la République en exercice. Confirmée par la loi organique n° 2014-1392 du 24 novembre 2014, cette disposition réglementaire - publiée un an plus tard au journal officiel n° 272 du 25 novembre 2015 - en précise non seulement les raisons mais aussi les modalités d'application. 

En voici le principe : « Le Président de la République peut être destitué en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat  » 

 

N'est-ce pas précisément ce qui s'est passé le 4 mars dernier, quand Mohammed ben Nayef, prince héritier d'Arabie Saoudite, à été décoré de la Légion d'honneur par François Hollande en personne ? Une cérémonie organisée en toute discrétion, pour ne pas dire en cachette ; l'événement ne figurant ni à l'agenda officiel de l'Elysee, ni à celui des membres du gouvernement pourtant présents. 

 

On devine aisément les raisons d'une telle discrétion. Car l'Arabie Saoudite, pétro-monarchie du Golfe, est une des dictatures les plus meurtrières de la planète. En 2015, 153 personnes ont été exécutées par pendaison, lapidation ou décapitation. 70 victimes de plus ont déjà été décomptées depuis le début de l'année 2016. La France, pays du mariage pour tous, gardienne des droits de l'homme, championne auto-proclamée de la laïcité et du droit des femmes, vient donc de décorer une théocratie moyenâgeuse où les femmes n'ont aucun droit, si ce n'est celui d'être lapidées, où on coupe la main aux voleurs et on vous fouette si vous buvez de l'alcool, où l'homosexualité est punie de peine de mort. 

 

Quelle honte pour la France ! 

 

Les réactions sont unanimes. Les éditorialistes s'interrogent, les réseaux sociaux s'emballent, la blogosphère s'indigne et s'enflamme. Seul le monde politique, toujours solidaire dans l'adversité, ne trouve rien d'anormal à cette Légion du déshonneur. Jean-Marc Ayrault parlera même de ''tradition diplomatique''. Un scandale ! 

 

En décorant le prince héritier de la Légion d'honneur, le président français a de facto trahi les valeurs morales inscrites dans la Déclaration universelle des droits de l'Homme et les principes d'humanisme et de liberté qui sont le fondement même de notre république. Il a sali la grandeur de notre pays, bafoué son histoire, bradé son rayonnement international sur l'autel du pétrodollar roi. 

 

En rendant les honneurs à un tyran, François Hollande a déshonoré la France. 

Y aurait t-il manquement plus grave que le déshonneur de la Nation ? Je pose la question aux parlementaires de l'Assemblée Nationale et du Sénat qui seuls ont la possibilité de lancer la procédure de destitution présidentielle prévue par l'article 68 de la constitution. Cette faute morale du président Hollande vis-à-vis du peuple français ne serait-elle pas incompatible avec l'exercice du mandat présidentiel dont il a été investi il y a 4 ans ? 

 

Pour ma part, et au-delà de toute tentative d'exploitation partisane, il ne fait aucun doute qu'après ses innombrables reculades et renoncements depuis son élection, cet ultime outrage de François Hollande à la fonction présidentielle soit la preuve de son indignité à conserver son mandat. Il constitue à lui seul une cause sérieuse et légitime pouvant justifier une procédure de destitution telle que le prévoit la constitution.

 

Il appartient donc aux parlementaires d'apprécier la gravité des faits, de prendre leurs responsabilités et d'agir en conséquences. Le peuple français sera témoin de leur intégrité...ou de leur connivence !

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