Le Paradigme des singes

Publié le 25 avril 2016

Un groupe de scientifiques plaça cinq singes dans une pièce au milieu de laquelle se trouvait un escabeau permettant d’accéder à des bananes. A chaque fois qu’un des singes essayait de grimper à l’escabeau, une douche glacée aspergeait automatiquement les autres.

Au bout d’un certain temps, à chaque fois qu’un des singes essayait de monter sur l’escabeau, les autres le frappaient par crainte de prendre une douche glacée. Bien entendu, au bout de quelques temps, aucun des singes ne se risqua à grimper malgré la tentation.

Les chercheurs décidèrent alors de remplacer les singes.

Pour commencer, un seul singe de la communauté fût remplacé par un nouveau. La première chose que fît le nouveau fut d’essayer de monter sur l’escabeau pour attraper les bananes. Aussitôt, les autres le frappèrent.

Quelques coups plus tard, le nouveau membre de la communauté avait appris à ne plus grimper sur l’escabeau sans même connaître la raison de cette interdiction.

Un deuxième singe fut remplacé et subit le même sort que le premier. Le singe arrivé juste avant lui participe même à la punition. Il fait désormais partie de « l’équipe ».

Un troisième singe fut échangé et le processus se répéta. 

Le quatrième et le cinquième furent changés tour à tour. Tous subirent le même sort dès qu’ils tentèrent de grimper sur l’escabeau.

 

Au final, après avoir remplacé tous les singes d’origine, aucun singe présent dans la pièce n’a été arrosé d’eau froide. Cependant, aucun ne tentera de grimper sur l’échelle. Pourquoi ? Parce que dans leur esprit… c’est comme ça, point. S’il était possible de parler avec ces singes et de leur demander pourquoi ils frappent ceux qui tentent de monter sur l’escabeau, leur réponse serait certainement la suivante : “Je ne sais pas, mais c’est comme ça qu’on fait depuis toujours”.

 

Ce comportement ne vous semble-t-il pas familier ?

 

Ce paradigme des singes illustre parfaitement nos habitudes électorales. Une éducation politique basée sur la répétition d’un schéma transmis de génération en génération et sur la certitude qu’il faut bien voter pour quelqu’un, coûte que coûte.

Nous sommes-nous seulement posés la question de ce qui se passerait si, au lieu de voter ‘’par défaut’’, pour ‘’le moins pire’’ ou ‘’contre le plus mauvais’’, nous décidions de ne voter pour aucun des candidats en lice ? Au nom de quoi ne pourrions-nous pas dire simplement : aucun de ces candidats ne nous convient !

N’est-ce pas précisément notre rôle que d’exprimer avec lucidité et réalisme un minimum d’exigence politique vis-à-vis de ceux que nous désignons comme nos représentants ?

 

Quel risque courons-nous, nous, simples citoyens, à ce que nous empêchions que des mauvais choix ne se répètent indéfiniment sous prétexte qu’il faudrait absolument en faire un. Le trône de France ne pourrait-il rester vide le temps que nous lui trouvions un héritier réellement représentatif et librement choisi par tous les français ?

L’article 7 de la Constitution a pourtant prévu cette éventualité. Dans ce cas, c’est au président du Sénat que reviendrait la responsabilité d’assurer l’interim et gérer les affaires dites ‘’courantes’’. 

Un tel scénario, - catastrophe surtout pour ceux qui ne seraient pas élus - ne serait en revanche ni dramatique, ni exceptionnel pour les électeurs. Souvenez-vous de l’expérience Belge en 2011. 541 jours sans gouvernement !

Une carence gouvernementale pourtant sans conséquences sur le quotidien des citoyens belges. Les magasins ont continué à être achalandés, les écoles et les banques ouvertes, le courrier distribué, les transports en communs assurés. Les seuls à avoir souffert de cette situation inhabituelle sont les politiciens eux-mêmes, contraints de dépasser les dogmes partisans dans lesquels ils étaient prisonniers.

 

Ne répétons pas indéfiniment les mêmes erreurs sous prétexte que ‘’c’est comme ça qu’on fait depuis toujours’’. 

De temps en temps, il faut changer tous les singes en même temps. 

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