Le Changement

Publié le 25 avril 2017

Pas une élection sans qu’il en soit question. Pas un discours sans qu’il soit promis. Il est de toutes les campagnes et revient inlassablement, élections après élections, hanter les discours politiques. Un concept intemporel qui va au-delà des idéologies de partis et qui en dit plus à lui seul que les programmes des candidats. Le ''changement'' est  le concept politique le plus vendeur et le plus régulièrement utilisé pour toucher les électeurs. 

  • ''Le changement sans le risque'' (Giscard 1974), 

  • ''Avec Jospin, le président du vrai changement'' (Jospin 1995), 

  • "Le changement" (Bayrou 2002), 

  • "Pour que ça change fort" (Royal 2007), 

  • ''L'écologie, le vrai changement'' (Joly 2012), 

  • ''Le changement, c'est maintenant'' (Hollande 2012).   

Le changement n’est pas la chasse gardée des scrutins nationnaux. En effet, lors des Européennes de 2009, le PS annonçait vouloir ‘’Changer l'Europe maintenant’’, sans réellement convaincre.

Outre atlantique, la thématique du changement fait également carton plein. ‘’Change we can believe it’’ (Le changement nous pouvons y croire) disait Barak Obama dans sa campagne de 2008. Quatre ans plus tard, Mitt Romney lui répond ‘’Real change on day one’’ (Le vrai changement dès le premier jour), sans pour autant emporter l’adhésion des grands électeurs.

Cela peut paraitre anecdotique de revenir sur ces petites phrases mais en politique, vous le savez bien, rien n’est laissé au hasard, surtout pas un slogan de campagne ! 

 

Mais de quel changement est-il réellement question ? 

 

Ce qui ressort de cette promesse de changement est qu’elle témoigne d’une prise de conscience par le politique d’une réelle attente des citoyens pour une autre politique. En annonçant clairement la couleur, le candidat semble s’adresser directement à l’électeur par un ‘’je vous ai compris’’, formule aujourd’hui ancrée dans la mémoire collective populaire.

 

On peut comprendre qu’il soit certainement plus simple de convaincre avec une formule choc proche du slogan publicitaire plutôt que d’expliquer dans le détail l’ensemble des promesses qu'il faudra renier après l’élection. Mais la facilité n’est pas la principale raison. L'explication de cet acharnement thérapeutique est toute autre. Elle se trouve dans la psychologie humaine, et plus précisément dans la mécanique de communication entre individus.

La règle de base que nous enseigne la psychologie est qu’il existe un décalage entre ce que l’on dit et ce que notre interlocuteur comprend. Ce décalage tient de notre propre éducation, de nos certitudes, de notre histoire. Autant d’éléments personnels propres à chacun d’entre nous qui agissent comme un filtre et nous permettent d’apprécier et d'interpréter l’information que l’on reçoit.

 

Ainsi quand les candidats promettent du changement, les électeurs comprennent une prise en considération de leurs difficultés, une réelle amélioration de leur condition de vie au quotidien, un changement de stratégie économique au profit de tous, et donc de la politique qui sera menée pour atteindre cet objectif. Mais en réalité, le seul changement dont il est question dans la bouche d’un candidat à l’élection c’est celui du visage qui se tiendra à la tête de nos institutions. A aucun moment il n’est question de réformer ces institutions. A aucun moment il n’est question de donner un nouveau cap à l’économie du pays, d’offrir des perspectives d’avenir, de replacer l’humain au centre des préoccupations de la Nation.

A l’évidence, si les mots sont les mêmes pour tous, ils n’ont pas la même signification qu’on soit électeur ou élu.

 

 

 

Dès lors, ce changement attendu par une grande majorité des français arrivera t-il du seul fait du pouvoir politique ? 

Comment interpeller ces responsables de partis, sourds et isolés du monde réel, pour qu’ils entendent, enfin, cette voix dissonante venant de ceux qu’on a appelés « invisibles » ? Le citoyen peut-il seulement exercer une quelconque influence sur leurs décisions ?   Par quel moyen peut-il s’opposer à des décisions qu’il n’a pas souhaité, voire prises contre sa volonté ? Les dirigeants qu’il a élus sont-ils réellement représentatifs de sa volonté ?

Autant de questions essentielles portant sur le mode de fonctionnement de nos institutions qui méritent réponses. Or, à une époque où tous les sujets de société sont soumis à discussion et au débat médiatique, curieusement, celui de la démocratie, lui, ne se discute pas. Comment se fait-il qu’on ne prenne pas le temps de s’interroger sur cette démocratie, à quoi elle sert, à qui elle sert, et surtout comment l’améliorer ? Aurions-nous peur de découvrir qu’elle n’est qu’une façade ?

« On ne dure en France que dans l'opposition et le seul moyen d'échapper au changement, c'est de le réclamer tous les jours »   André Froissard

Dans un entretien du 19 octobre 2006, l’écrivain portugais José Saramago - Prix Nobel de littérature - pose la question: « Qu’est-ce que cette statue intouchable qu’on appelle la démocratie ? Comment fonctionne-t-elle ? Pour quel profit ? Comment les gens peuvent-ils accepter de jouer avec des règles truquées ? Que se passerait-il s’ils en prenaient soudain conscience ? » 

Que se passerait-il, en effet, si les citoyens venaient à réaliser que leur opinion, finalement, n’avait que peu d’importance ? Leur vote exprime t-il réellement un avis ou ne sert-il que de caution démocratique à la victoire d'un candidat qu'ils n'ont même pas choisi ? 

 

Si le concept de changement aura marqué la campagne Présidentielle de 2017, il ne fait aucun doute que le changement attendu des Français va bien au-delà des rafistolages superficiels auxquels les responsables de partis nous ont habitué depuis 30 ans. De là à imaginer qu'ils auront un jour le courage d'engager les réformes nécessaires, ne soyons pas trop naifs. On serait même en droit de douter, non de la capacité, mais de la volonté du pouvoir politique à rénover l'ensemble d'un système construit pour lui et dans son seul intérêt. Dès lors qu'on a compris les raisons de cet immobilisme à réellement agir et considérant comme une certitude que le législateur ne fera rien qui remette en péril les privilèges qu'il s'est lui-même octroyé, posons-nous les questions qui découlent naturellement de la réflexion de Saramago : Les citoyens pourraient-ils changer eux-mêmes les règles d’un jeu dans lequel ils ont le sentiment d’être les grands perdants ? Que se passerait-il s’ils s’organisaient pour exprimer pacifiquement et démocratiquement, c’est-à-dire à travers les urnes, leur désaccord vis-à-vis des décisions imposées par des élus considérés comme incompétents ou corrompus ?

 

Ils sont pourtant nombreux à investir les espaces de réflexion et les réseaux sociaux pour y proposer des éléments de réponses. Nombreux, mais divisés.

Certains défendent le recours au Referendum d'Initiative Citoyen comme gage de l'expression d'une citoyenneté active. D'autres ont entrepris la réecriture d'une nouvelle Constitution garantissant un traitement équitable devant la loi et mettant fin aux privilèges indument acquis. D'autres encore voient dans l'abstention un acte civique proche de la désobéissance civile, tandis qu'ailleurs, on préferera promouvoir la reconnaissance du vote blanc comme outil de contestation démocratique et expression d'un exigence citoyenne à l'endroit du politique.

Si les méthodes diffèrent, elles ont en commun de refuser le diktat des partis qui nous gouvernent et de s'engager au nom de la démocratie.

 

En ce début de présidence Macron et tandis qu'à l'évidence, la déception sera la seule certitude de ce quinquennat, je fais le voeu que toutes les petites souris, lucides et concernées, à poser leurs standards respectifs et à se regrouper autour d'un seul mot d'ordre : le changement, c'est nous tous !

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