Le Jour d'après

  Au-delà d’un drame sanitaire sans précédent, le Covid-19 nous offre une opportunité. Celle de comprendre comment nous en sommes arrivés à cette crise, comprendre comment une telle pandémie aura été possible, comprendre les limites de ce modèle de société que nous avons construit sans prendre en considération la réalité de la planète, de ses richesses, de ses ressources mais aussi de ses vulnérabilités.

  Avec 200 000 vols par jour et jusqu'à 20 000 avions en vol simultanément, nul besoin de chercher trop longtemps le responsable de la propagation ultra-rapide du virus. Par la menace sanitaire, nous réalisons concrètement le revers de la médaille d’un monde ultra-connecté. L’arrogance d’une économie de marché qui ne voit dans les ressources naturelles que des ressources marchandes a masqué le véritable prix d’une délocalisation globalisée. Le retour du boomerang est violent. En nous envoyant ce virus tout à fait inédit, la nature nous adresse un message en forme d’ultimatum : La quête du profit à tous prix, y compris au détriment de la planète et des hommes, ne peut plus durer.

 

  Ce n’est pas la première fois que l’humanité doit faire face à une telle menace. Depuis de nombreuses années, le risque d’une pandémie mondiale provoquée par un virus émergent était identifié. On se souvient notamment de la grippe espagnole tuant au début du siècle près de 100 millions d’individus à travers le monde. Ce sont également les crises d’Ebola, du SRAS puis du H1N1 qui auraient dû nous alerter sur la probabilité d’une contagion planétaire. Dès 2015, Bill Gates annonçait la mécanique du scénario catastrophe. Une prophétie qui en dit long aujourd’hui sur l’incapacité de nos dirigeants à prendre les mesures préventives nécessaires, anticiper les investissements utiles, prévoir les infrastructures adaptées et organiser au niveau européen un cordon sanitaire coordonné.  

 

  Aucun enseignement n’a été tiré des alertes précédentes. Certainement obsédés par le culte de la rentabilité « quoi qu’il en coûte », les Chats qui nous gouvernent, ceux-là comme leurs prédécesseurs, ont jugé trop onéreux d’investir dans des stock stratégiques de masques FFP2, de gels hydro-alcooliques ou de structures médicales de crise. Ce manque total d’anticipation aura été fatal pour toutes les Souris qui payent au prix fort l’incurie de nos gouvernants. 

Le moment viendra où les remises en questions seront posées, les responsabilités politiques identifiées, les priorités redéfinies : santé, éducation, agriculture, économie circulaire, sécurité alimentaire. Plus globalement, c’est une réflexion de fond sur nos modes de vie qui sera engagée. A l'évidence, il y aura un avant et un après Coronavirus.

 

  La crise du Covid-19 s’est donc invitée dans la campagne de 2022. Elle met en évidence le rôle funeste des Chats dans la gestion d’un risque sanitaire prévisible. Mais elle nous oblige surtout à affronter notre propre responsabilité politique et à refuser désormais que des Chats ne soient élus par défaut. Quelle société voulons-nous reconstruire ? Sur quelles valeurs allons-nous bâtir la France de demain ? Allons-nous tout recommencer comme avant, tomber dans les mêmes travers, les mêmes excès, les mêmes abus ? Devrons-nous continuer à produire au bout du monde nos biens de consommation essentiels ? N’est-ce pas l’occasion, au contraire, de repenser l’économie au niveau local, de privilégier une agriculture raisonnée, de favoriser les circuits courts et de relocaliser nos outils de productions industriels ?

 

  L’ultimatum du Covid-19 nous invite à repenser nos comportements individuels, à refuser la futilité, à considérer la notion de pouvoir d’achat à travers le prisme de nos besoins réels et non de nos caprices, à transformer le consommateur compulsif en citoyen responsable et envisager le principe de sobriété ‘j’ai ce qu’il me faut, je n’ai pas besoin de plus’ comme une doctrine vertueuse. 

 

  Un modèle est à réinventer. Il sera immanquablement au coeur des débats de la prochaine présidentielle. Le moment venu, lorsque la crise sera passée et que la vie politique reprendra son cours, les prédicateurs de tous bords et les chefs de clans s’affronteront à nouveau pour présenter leurs solutions. Avec 2022 en ligne de mire, les Chats n’hésiteront pas à promettre un monde plus vertueux, plus eco-responsable, plus humain. Ils tenteront de faire oublier leur propre culpabilité dans la gestion d’un modèle qu’ils ont eux-mêmes défendu. Certains sont déjà à la manoeuvre. Mais face aux habituels discours de campagne et autres incantations électorales, les Souris devront faire preuve de discernement et de lucidité. On ne demande pas aux promoteurs d’un système défaillant de défendre avec sincérité et conviction les moyens pour y remédier. Une vigilance salutaire que je résume volontiers en paraphrasant les mots d’Einstein :  « On ne résout pas un problème avec ceux qui l’ont crée ». 

 

©Stephane Guyot 2020- Tous droits réservés