Grand Débat national

Publié le 15 janvier 2019

Il y a quelques années, alors que nous préparions le projet du Parti du Vote Blanc pour la présidentielle de 2017, j’avais émis une hypothèse de travail consistant à proposer un grand Referendum à questions multiples. Cinq thématiques avaient été envisagées : Démocratie, Economie, Social, Ecologie et International. Pour chacune de ces thématiques, une dizaine de questions auraient été posées. Au total, les citoyens auraient eu à exprimer leur préférence sur 50 questions déterminantes de la société que nous voulions construire.

Ce grand Referendum aurait été proposé au lendemain de la victoire du candidat-blanc. A l’issue de la consultation, la rénovation de nos institutions aurait été immédiatement engagée. Le candidat-blanc pouvait alors démissionner en organisant un nouveau scrutin au cours duquel les nouveaux candidats auraient eu à proposer des solutions correspondant aux attentes exprimées au cours du referendum. Les citoyens auraient défini un cap ; les responsables politiques auraient proposé les moyens de l’atteindre.

Le Grand débat national lancé aujourd’hui par le gouvernement devrait donc, en toute logique, susciter mon enthousiasme. Ce serait effectivement le cas si nous avions la garantie de voir les propositions des Français traduites en actes politiques. Or, si tous les sujets semblent sur la table, Emmanuel Macron n’apporte aucune garantie de les respecter. Nous sommes donc en droit d’émettre des réserves sérieuses sur sa bonne foi et sa capacité à entendre la parole populaire qui s’exprimera, je l’espère, massivement. Cette suspicion s’explique d’autant plus que ce grand débat à déjà eu lieu. C’est même sur cette mécanique consultative que la campagne d’Emmanuel Macron s’était construite.

Souvenez-vous. Entre décembre 2016 et février 2017, les « Marcheurs » s’étaient élancés dans une vaste campagne de porte-à-porte sur tout le territoire. Plus de 3000 ateliers-débats avaient été organisés autour de sept thématiques : Education, Travail, Santé, Vie Démocratique, Europe, Environnement et Solidarité. Ces 3000 ateliers ont été synthétisés dans un document reprenant, thématique par thématique, les aspirations de la population : « la Restitution des ateliers du plan de transformation ». Parmi toutes les pistes que je vous invite à découvrir dans ce document, on notera les 95% d’avis favorables à la reconnaissance du vote blanc et les 86% de personnes soutenant le principe du Référendum Citoyen.

Les attentes des Français, Emmanuel Macron les connait déjà. Je m’interroge donc sur l’utilité de poser des questions auxquelles les réponses ont été apportées lors de la campagne présidentielle. Par quel miracle accepterait-il de faire aujourd’hui ce qu’il a refusé de faire en 18 mois de gouvernance ?

Pour autant, en dépit des réserves légitimes sur l’issue qui sera donnée à ce Grand débat national, je suis convaincu que nous aurions tort de le bouder. Cette procédure est en effet une occasion inédite de nous exprimer sur les sujets de notre choix. Le président, celui-là comme le prochain, ne pourra plus ignorer les aspirations des Français. Des réponses adaptées se retrouveront inévitablement au coeur des débats qui s’ouvriront au sein des diverses formations d’opposition. Les Français en seront les premiers bénéficiaires.

Ne pas participer au débat, ce serait par ailleurs offrir à Emmanuel Macron une porte de sortie pour échapper à sa responsabilité d’engager les réformes attendues. Il lui serait alors facile d’éviter les questions trop dérangeantes au motif que nous n’aurions pas pris la peine de les lui rappeler.

C’est pourquoi, j’invite tous les Français, amoureux de la démocratie, défenseurs de la parole libre, à se rendre massivement partout où ce sera nécessaire pour exprimer notre volonté de reconnaître le vote blanc comme suffrage exprimé. Cette mobilisation une fois acquise, l’exécutif n’aura plus d’échappatoire possible. Il sera contraint d’intégrer le vote blanc à la prochaine révision constitutionnelle prévue pour le second semestre.

Dans le cas contraire, il prendrait le risque inutile d’une escalade dangereuse. Emmanuel Macron et lui seul, serait alors responsable d'une insurrection populaire vécue comme ultime recours par une population qui, en plus de la colère, aurait le sentiment d'avoir été trahie.

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