Les Faux-monnayeurs

Publié le 21 mai 2019

Dimanche prochain, vous serez invités à donner votre voix à l’une des 34 listes en compétition. Mais pour certaines d’entre elles, aucun bulletin à leur nom ne sera disponible dans les bureaux de vote. Pour ces listes-là, on connaît déjà le résultat. Pas de bulletins, pas de voix !

Elles ont pourtant des idées à défendre, un projet à présenter, une vision à partager, des divergences à exprimer, mais elles ne disposent pas des moyens financiers pour les soumettre au vote des électeurs. Pour palier à cette carence, certaines ont imaginé une parade consistant à proposer un bulletin téléchargeable que l’électeur imprimera lui-même avant de venir le déposer dans l’urne. Mais cette astuce est illusoire. Nous l’avons éprouvé aux Européennes de 2014 avec le Parti du Vote Blanc. Au soir du dépouillement, le bulletin téléchargé sera identifié et déclaré « nul » pour cause de non-conformité technique (papier recyclable, grammage ou dimension non-réglementaire).

 

Au pays des Souris, les règles du jeu sont établies par des Chats qui en profitent…

 

Sur de nombreux plateaux radios et TV, les commentateurs et autres experts s’empressent d’expliquer qu’il est absurde et inutile de présenter une liste qui n’a pas les moyens de fournir les bulletins de vote en quantité nécessaire. Mais il faut rappeler à ces « Chats savants » que les petites listes ne disposent pas des colossales dotations d’état dont bénéficient les partis politiques traditionnels.

Pour l’année 2018, le montant des aides publiques attribuées aux partis politiques est fixé à 66.190.046,49 euros. Le magot est distribué aux différents mouvements en fonction de leurs résultats aux législatives de 2017 et du nombre d’élus dont ils disposent au parlement. Ce sont ainsi plus de 22 millions d’euros qui sont versés à LREM, 13 millions aux Républicains, plus de 6 millions pour le PS, 5 pour le Rassemblement National et 1,4 millions pour EELV. La liste complète des heureux gagnants au "Loto de l’Etat" est consultable ici. Ces sommes pharaoniques étant versées chaque année, on comprendra aisément pourquoi les partis n’ont aucune difficulté pour financer la fabrication de leurs bulletins de vote et de leurs professions de foi.

 

Au pays des Souris besogneuses, les Chats qui nous gouvernent transforment le denier public en financement privé…

 

Une solution de bon sens serait pourtant extrêmement simple à mettre en oeuvre. Il suffirait que l’état prenne en charge la fabrication d’un bulletin de vote unique sur lequel figurerait le nom de toutes les listes en compétition. L’électeur n’aurait qu’à cocher celle de son choix. Un tel dispositif serait plus économique car la puissance publique ne paierait qu’une seule fois le montant qu’elle rembourse aujourd’hui à toutes celles qui accèdent aux fameux seuils de remboursement. Elles étaient 7 en 2014 à profiter de la gestion calamiteuse des finances de l’état-tirelire. Faites le calcul.

Le bulletin unique serait également plus écologique car il éviterait le formidable gâchis de papier qui remplit traditionnellement les poubelles des bureaux de vote. Il ouvrirait par ailleurs la voie vers la généralisation du vote électronique. Dans un pays où le contribuable déclare ses impôts et paie ses PV en ligne, la technologie permet en effet de simplifier l’acte de vote tout en apportant les garanties indispensables en terme de sécurité et de confidentialité. En outre, le recours au vote électronique serait de nature à stimuler la participation électorale aujourd'hui en berne. Encore faudrait-il que la lutte contre l’abstention soit réellement une priorité de nos élus, ce dont nous pouvons douter.

Plus économique et plus écologique, le bulletin unique associé au vote électronique serait surtout plus équitable car il offrirait les mêmes chances à tous les candidats, y compris ceux que le filtre financier aura volontairement écarté des bureaux de vote. Mais c’est peut-être pour cette raison que l'Etat, bon gestionnaire, préfère dilapider l'argent du contribuable…

 

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