En Marche forcée

Publié le 25 juin 2017

La victoire de LREM aux élections législatives n’est une surprise pour personne. Toutefois, avec un taux d’abstention historique au second tour (57%), il convient de relativiser l’ampleur du phénomène. En effet, quand 19% seulement des inscrits valident le projet gouvernemental, le raz-de-marrée annoncé n'est plus qu'une vaguelette à marée basse ! 

Il n’en demeure pas moins qu’avec ses 308 élus, le mouvement d’EM obtient à lui seul une majorité parlementaire qui devrait lui laisser les coudées franches pour mener à bien les réformes promises pendant la campagne présidentielle.

Car la victoire de LREM est avant tout celle d’Emmanuel Macron lui-même, omniprésent sur les affiches de ses candidats inexpérimentés dont les maladresses ont largement été reprises sur les réseaux sociaux. Pour éviter de tomber dans les pièges d’une campagne électorale trop rude et d’un programme non-maitrisé, certains d’entre eux ont carrément préféré fuir le débat, s’en référant systématiquement aux déclarations de leur chef de file, véritable Guide spirituel.

« Un âne aurait l’étiquette EM, il aurait été élu » (Edwy Plenel, LCI, 12 juin 2017

Le plus inquiétant avec cette nouvelle génération d’élus n’est pas leur manque de compétences supposées. En tant que citoyens, ils sont tout aussi légitimes que n’importe quel autre professionnel du mandat pour siéger à l’Assemblée Nationale. C’est d'ailleurs ce principe de citoyenneté active que je défends à travers ce blog. Comment le critiquerais-je ?!

 

Ce qui me dérange est ailleurs. C’est cette forme d’obéissance tacite faisant d’eux des gentils soldats dociles et manipulables à souhait. Car pour obtenir l’investiture LREM, il faut savoir que les candidats se sont préalablement engagés à voter les projets de loi du gouvernement sans sourciller. Une précaution habilement renommée par l'Elysée "Contrat avec la Nation'' destinée uniquement à éradiquer dans l’oeuf toute velléité d’initiative individuelle forcément malheureuse. Chez LREM, on n’est pas au PS. Pas de frondeurs !

Cette obéissance proche de l’obédience confère à Emmanuel Macron une forme de pouvoir absolu bien éloigné de l’esprit d’une démocratie idéalisée qui se nourrirait de débat contradictoire et d’opposition constructive. Ici, point de débat contradictoire. L’opposition parlementaire est reléguée au rôle de figuration. Elle n’aura aucun pouvoir, si ce n'est mobiliser les foules dans la rue. Emmanuel Macron pourra dicter ses commandements à son gouvernement et s’appuyer sur des députés-godillots qui voteront comme il faut ce qu’on leur demandera de voter.

Cette absence de contre-pouvoirs devrait a minima nous interpeller. Est-il sain de laisser les commandes du pays à un homme que se retrouve ainsi dépositaire de tous les pouvoirs, Législatifs comme Exécutifs ? Pour mieux apprécier la situation, je vous propose un petit jeu. Revivons ensemble les évènements qui ont marqué ce premier mois de présidence, en imaginant qu'en lieu et place d'Emmanuel Macron, Marine Le Pen ait été élue le 7 mai 2017. Quelle aurait été notre réaction face aux faits suivants. Souvenez-vous…

  • Dimanche 7 mai 2017 : Marine Le Pen est élue

  • 8 mai : MLP confirme qu’elle gouvernera par ordonnance pour contourner le parcours législatif classique

  • 14 mai : MLP remonte les Champs-Elysées à bord d’un véhicule militaire

  • 18 mai : L’Elysée choisira désormais les journalistes autorisés à suivre les déplacements de MLP

  • 29 mai : MLP reçoit Vladimir Poutine au château de Versailles

  • 4 juin : Lors d’un déplacement en Bretagne, MLP fait une blague douteuse sur l’hécatombe des comoriens tentant de rejoindre Mayotte

  • 7 juin : Sous couvert de lutte anti terrorisme, le gouvernement fera entrer l’Etat d’Urgence dans le droit commun

  • 18 juin : MLP obtient la majorité absolue à l’Assemblée Nationale avec des députés inexpérimentés s’étant engagés à voter les lois du gouvernement

 

L'arrivée d'Emmanuel Macron a totalement bouleversé le paysage politique traditionnel.

Dans un article du Figaro, Alexandre Malafaye, président du think tank Synopia, dresse un bilan sans concession des causes et conséquences de ce changement d'époque. A cette analyse, que je partage, et au regard de la séquence électorale que nous venons de vivre, je me pose une question : nos institutions ne sont-elles pas faillibles ? En laissant carte blanche à un individu et son armée de pousse-bouton obtempérant à la moindre injonction de celui à qui ils doivent leur mandat, notre système électoral n’a t-il pas tout simplement prouvé ses limites ?

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