I Have a dream

Publié le 30 janvier 2019

A l’époque des Municipales de 2014, j’habitais une charmante commune du sud du Val-de-Marne : Villejuif. Au-delà de ses problèmes d’insécurité chroniques, la ville pouvait se vanter d’une autre particularité. Elle était dirigée depuis 90 ans par le Parti Communiste.

La mainmise du PC sur la politique de la ville n’était pas le fruit du hasard. Elle résultait d’un deal passé avec les instances socialistes qui abandonnaient volontairement certaines villes au profit d’un calcul national plus avantageux. De tels accords étaient évidemment négociés au sommet des appareils politiques. Dans le cas de Villejuif, il était convenu depuis des décennies que le PS ne présenterait pas de liste Municipale et soutiendrait la liste PC sortante. En retour, le PC apporterait son soutien à d’autres listes jugées stratégiques pour le PS.

En m’intéressant de près à la vie politique de ma commune, je fis rapidement la connaissance d’un enfant du pays qui avait comme moi l’ambition raisonnable de proposer une alternative politique aux habitants. Ensembles, nous lancions la liste « Villejuif Notre Ville ».

Notre modeste liste citoyenne accéda au second tour, ce qui, compte tenu de la physionomie historique de l’électorat local représentait déjà une petite victoire. Elle interdisait notamment celle du PC, traditionnellement acquise dès le premier tour. Quatre autres listes passèrent également le cap du premier tour. Il fallait donc agir avec pragmatisme. Deux options s’offraient à nous : se maintenir et prendre le risque de la division, ou faire front commun. Le bon sens l’emporta sur les idéologies partisanes. Le FN fut écarté et les listes UMP, UDI et Verts abandonnèrent leurs étiquettes respectives afin de fusionner avec notre liste citoyenne. L’« Union Citoyenne pour Villejuif » était née.

Une telle union était totalement impensable par les représentants des partis pour qui cette émancipation programmait leur obsolescence à court terme. Elle était pourtant la seule issue pour offrir une réelle alternative aux habitants de la ville. Elle prouvait en outre la capacité de simples citoyens à se prendre en charge dans l’intérêt supérieur de leur commune et se libérer du carcan étriqué des formations politiques.

L’« Union Citoyenne pour Villejuif » se mit en ordre de bataille contre la liste PS/PC et remporta le second tour. Sans parti, sans étiquette et sans petite case réductrice, le bon sens et le pragmatisme avaient été la seule ligne de conduite ayant mené à la victoire. 

En me remémorant cette aventure, j’ai soudain fait un rêve. J’ai imaginé qu’à l’occasion des Européennes du 26 mai prochain, les diverses initiatives citoyennes seraient capables de jeter à terre leurs étendards respectifs afin de s’unir dans une démarche commune. Elles sont nombreuses, ces initiatives, à vouloir s’élancer dans la course à l’Europe. Nombreuses mais divisées. Le Journal Officiel a déjà enregistré 29 associations estampillées « Gilets Jaunes », chacune nourrissant le secret espoir de monter sa propre liste. Ces mouvements n’étant pas les seuls à prétendre agir au nom du peuple, tous les ingrédients seront réunis pour faire de ce scrutin européen une immense kermesse, certes sympathique mais totalement contre-productive. Car ces initiatives dites « citoyennes » défendent peu ou prou les mêmes idées, les mêmes valeurs, les mêmes arguments. Mais en agissant en rangs dispersés, elles ne feront que s’affaiblir mutuellement. Elles dilueront le message de contestation qu’elles portent légitimement contre la politique du gouvernement et renforceront la victoire du Rassemblement National comme unique opposant à LREM.

J’ai fait un rêve. Ce rêve, c’est celui où des petites Souris de bonnes volontés seraient capables de s’unir, avec intelligence et opiniâtreté, pour défendre leurs propres propositions en terme de justice sociale, de pouvoir d’achat et de rénovation démocratique.

Ce rêve, c’est celui où les Chats au pouvoir ne financeraient pas en catimini des listes de pseudo-opposants inoffensifs, dans le but d'affaiblir leurs véritables adversaires et diviser un peuple de Souris aspirant à davantage d’autonomie et de libre arbitre.

Ce rêve serait à notre portée pour peu que nous décidions de nous mettre individuellement au service d’un véritable projet de société.

Il ne tient qu’à nous qu’il se concrétise.

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