Changement de nom au FN

Publié le 10 janvier 2018
Cette fois c’est décidé. Le Front National changera de nom à l’issue de son congrès refondateur de mars prochain. 
C’est en tout cas ce qu’a annoncé Marine Le Pen lors de son déplacement en Normandie le 7 janvier dernier. Un questionnaire aurait été adressé aux 51.000 adhérents à jour de cotisation - oui vous avez bien lu, le FN compte 2 fois moins d’adhérents que la Fédération Française de Bridge - afin qu’ils se prononcent sur les grandes orientations à venir.
« Si un nom contient une charge qui puisse susciter des craintes, alors il ne faut pas hésiter à se donner les moyens de la victoire ». Voila comment Marine Le Pen justifie ce ravalement de façade. Un coup de com, rien de plus, destiné à gommer les excès du vieux discours frontiste et enterrer définitivement l’image de Jean-Marie Le Pen, son fondateur historique.
 
Ce n’est pas la première fois qu’un parti change de nom. La pratique serait même assez courante. Cet article des « Echos » nous explique le lien évident entre le changement de nom d’un parti et l’échec électoral qu’il tente ainsi de faire oublier. On comprend donc ce qui peut motiver ce type de stratégie chez celles et ceux qui ont fait de la politique une rente viagère. 
A leur décharge, il faut reconnaître qu’il est plus facile de changer le nom d’un mouvement que d’en changer les idées… ou les têtes dirigeantes. Et ce n’est pas chez les Républicains qu’on dira l’inverse car à ce petit jeu-là, le parti de droite est un multi-récidiviste. Autrefois connu sous l’appellation RPR, il subit une première mutation en 2002 en devenant l’UMP, puis ‘’Les Républicains’' depuis 2015. Les idées ont-elles évolué ? Non. 
 
Les plus anciens d’entre nous se souviendront également de l'UDF, mouvement de droite dite ‘’modérée’’ créé par Giscard et complice d’un RPR alors détenu par  Chirac. Disparu des écrans radar avec la dispersion de ses têtes couronnées vers le Modem ou l’UMP, ce mouvement renaîtra de ses cendres en 2012 sous l’impulsion de Jean-Louis Borloo - déjà porte-parole de l’UDF en 2001/2002 - en devenant l’UDI. Les mêmes responsables, le même positionnement à droite, les mêmes accords avec l’UMP. Le mimétisme ira même jusqu’à reprendre le code couleur du logo. En fait, la seule différence entre l’UDF et l’UDI…c’est le « i » !
 
La gauche semble épargnée par ces tentatives de bidouillage. Le PC reste immuablement ‘’communiste’’ et le Front de Gauche a survécu au départ de Mélenchon sans changer de nom. Mais le fait que la marque ‘’Front de Gauche’’ ait été déposée par le gendre de Jean-Luc Mélenchon lui-même explique sans doute cela…
En revanche, il ne serait pas étonnant qu’à l’occasion de son congrès des 7 et 8 avril prochains, le PS annonce lui aussi un changement de nom pour faire oublier le naufrage de 2017. Nouveau nom, nouveaux locaux, mais toujours les mêmes éléphants (pré)historiques pour tenir la barre du navire.
 
Le chamboule-tout provoqué par la victoire d’Emmanuel Macron contraint les partis politiques à se réorganiser. Communication oblige, cette phase de restructuration passe pour certains par l’adoption de nouvelles appellations, comme s’il suffisait de changer la carte du restaurant pour que les clients oublient ce qui se cache dans les cuisines. 
Car il ne faut pas être dupe. Ces mutations de façade ne sont que des écrans de fumée obéissant à des stratégies élaborées par les communicants des partis.
Comme je l’évoquais dans cet article consacré à la thématique du changement, le débat politique est victime du marketing des petites phrases et des formules choc. Il trouve ici son paroxysme.
 
En cherchant à changer de nom, le Front National prouve une fois de plus qu’il fonctionne comme n’importe quelle autre formation politique. Il tombe dans le piège du merchandising et privilégie la forme du message à la justesse de son contenu. Mais si Marine Le Pen tient à ce point à faire oublier les origines du mouvement dont elle a hérité, peut-être devrait-elle commencer par changer de patronyme et porter le nom de son conjoint, Louis Alliot. Et dans un ultime pied de nez à ses adversaires, elle pourrait même proposer de renommer le ‘’Front National’’ en ‘’Front Républicain’’. 
Avouez que ce serait cocasse, non ?
 
Au-delà des noms et des tentatives plus ou moins réussies de manipulation de l’opinion, rappelons tout de même, qu’il s’agisse du Front National comme de l’UDI, du PS ou de l’UMP, qu’il ne suffit pas de changer le nom du bocal, pour changer les cornichons.

Inscription à la Lettre du Pays des Souris

Inscrivez-vous à la Newsletter et recevez tous les 15 jours mon analyse décalée de l'actualité politique du pays.

©Stephane Guyot 2019 - Tous droits réservés