Clivage

Publié le 22 juillet 2019

Il fut un temps que les moins de 20 ans n’ont pas connu où la politique, à défaut de transparence, avait le mérite de la simplicité. A cette époque, les positions étaient tranchées, presque binaires. L’ennemi était identifié sans qu’il soit nécessaire de le nommer. Les discours se voulaient volontairement caricaturaux et la nuance interprétée comme une marque d’hésitation. On était de Droite ou on était de Gauche. Point. 

En ces temps mémoriaux, presque préhistorique à l’échelle de la 5è république, le « en même temps » n’existait pas. Le clivage Droite/Gauche était un concept élémentaire qui faisait sens et qui se respectait. L’idée de voir un dignitaire de la droite républicaine se prostituer dans un gouvernement de gauche était inconcevable, et la réciproque toute autant. 

Le premier à rompre avec ces clivages traditionnels fut Nicolas Sarkozy qui, en 2007, intégra Eric Besson et Bernard Kouchner - deux transfuges emblématiques du PS - à son gouvernement. Mais c’est bien sous le quinquennat d’Emmanuel Macron que les barrières sont définitivement tombées. Non-content de nommer un 1er ministre LR à la tête de son gouvernement, celui qui s’est présenté devant les Français comme un homme de gauche à confié des postes clefs à des responsables politiques de droite, et pas n’importe lesquels. Car Bruno Lemaire et François de Rugy, pour ne citer qu’eux, n’étaient pas de simples opposants politiques estampillés du camp d’en face. Ils étaient candidats à la primaire de leurs familles respectives pour la présidentielle de 2017. Excusez du peu ! 

Inutile de faire preuve d’une imagination débordante pour deviner les discours qu'auraient tenus ces candidats s’ils avaient été désignés par leurs pairs. On imagine sans difficulté la virulence d’un Bruno Lemaire, champion des Républicains, ne manquant pas de dénoncer la filiation d’Emmanuel Macron avec François Hollande et sa responsabilité dans le bilan économique de l’ancien gouvernement socialiste. On devine également l’indignation surjouée d’un Francois de Rugy investi par la primaire du PS, dénonçant à juste titre les carences écologiques du programme d’En Marche. Mais l’opportunisme politique ayant des raisons que la raison ne connait pas, les ennemis d’hier font souvent d’excellents alliés. A leur décharge, il faut reconnaître que la place est réputée excellente ; au moins aussi bonne que la cantine de l’Assemblée Nationale si l’on en croit les dernières révélations de Mediapart…

Pour des électeurs nourris depuis 50 ans au sein du bipartisme primaire, ces unions improbables sont révélatrices de pratiques détestables qu’ils n’acceptent plus. Sondages après sondages, ils confirment leur défiance vis-à-vis d’une classe politique solidaire et déconnectée. Le résultat de cette crise de confiance est sans appel. 85% des français estiment que les responsables politiques ne se préoccupent pas des gens comme eux et 71% d’entre eux n’ont confiance ni dans la droite ni dans la gauche pour gouverner le pays. Ils étaient 78% en 2017 à se déclarer prêts à voter pour un candidat qui ne serait « ni issu ni soutenu par un parti politique ». 40%  d’entre eux auraient même préféré voter « blanc » si ce vote avait réellement compté dans les résultats. 

Le divorce entre l’électeur et les partis est définitivement consommé. Le clivage politique tel que nous l’avons connu n’existe plus. Il a changé de physionomie. Il ne se situe plus entre les différentes familles politiques qui s’affrontent devant les cameras pour mieux s’entendre en coulisse. Il oppose désormais l’ensemble d’une classe politique à une Société Civile par nature non-partisane. 

La Société Civile c’est ce concept un peu flou regroupant un patchwork de personnalités, d’associations et d’organisations à but non-lucratif qui animent la vie publique. La Société Civile, ce sont ces millions de petites Souris qui exercent silencieusement leurs compétences dans des domaines aussi divers que la santé, l’éducation, la culture, la justice, l’agriculture, l’économie ou la transition écologique.

Pendant trop longtemps, la Société Civile a offert son expertise à des politiciens dont la seule compétence a été de s’approprier celle des autres pour l’intégrer à un programme de promesses qu’ils n’ont jamais tenues. Pendant trop longtemps, elle a servi de caution de bonne foi à des candidats sans scrupules qui l’ont instrumentalisé pour bénéficier de l’image de probité qu’elles incarnaient. Mais les temps ont changé. Loin des strass et des paillettes, sans tambour ni trompettes médiatiques, la Société Civile s’émancipe, se rencontre, s’organise, ré-invente, s’affranchit des petites cases des partis et se construit un avenir au-delà des clivages.

Il était temps !

 

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