La Cause des causes

Publié le 24 juin 2019

Vous êtes nombreux à penser qu’une révision du fonctionnement de nos institutions ne serait pas le premier souci des français. Vous considérez sans doute que les problèmes de pouvoir d’achat, de santé, de chômage, d’éducation ou d’insécurité sont autant de préoccupations brûlantes auxquelles le pouvoir politique devrait répondre en priorité. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces revendications concrètes ont été à l’origine de l’initiative des Gilets Jaunes.

Ce sont pourtant les dysfonctionnements de notre démocratie qui expliquent en grande partie l’importance de nos difficultés au quotidien. En effet, tant que le problème institutionnel ne sera pas résolu et que seuls les partis politiques - dont le nombre d’adhérents cumulés est inférieur à celui de la Fédération Française de Canoë Kayak - seront autorisés à présenter des candidats, les mêmes mauvaises décisions seront prises par les mêmes élus n’agissant que dans leur intérêt ou celui de ceux qui ont financé leur campagne.

Il découle de cette situation un sentiment de colère contre des élites accusées de pratiquer une forme d’auto-protection et d’entretenir un système dont les citoyens sont volontairement tenus à l’écart. Mais il ne faut pas se tromper de combat. Ce n’est pas le principe de l’élection qui pose problème. C’est l’organisation du processus électoral dans son ensemble qu’il faut avoir le courage de repenser intégralement. Il ne s'agit donc pas de condamner individuellement les élus dès lors que leur action s'inscrit dans le respect du droit et des exigences du mandat que les citoyens leur ont confié. C'est ailleurs que se situent les menaces pour la démocratie, ce fragile édifice dont les citoyens sont à la fois les propriétaires et les usagers responsables. C’est bien l’institution démocratique qui souffre de graves dysfonctionnements venant impacter directement le quotidien des Français. 

Depuis 40 ans, dans une forme d’alternance implacable, la droite et la gauche se sont partagés l’exercice du pouvoir ; les premiers n’étant élus que pour éliminer les second, et inversement. Depuis 40 ans, les mêmes candidats débitent les mêmes discours préalablement rédigés par les mêmes communicants sortis des mêmes écoles. Depuis 40 ans, finalement, les mêmes promesses laissent place à la même désillusion. 

L’arrivée d’EM dans le paysage politique vient redistribuer les cartes en organisant une nouvelle forme d’alternance. Exit, les partis traditionnels. Dorénavant, les seuls acteurs à prétendre prendre en charge les destinés du pays s’appellent En Marche et Rassemblement National. Or, en appliquant à ces deux formations le principe de balancier sur lequel repose notre histoire politique, la formidable déception que laissera le quinquennat Macron conduira inévitablement les Français à se tourner vers son unique opposant encore vivant. Peu importe que ce soit en 2022 ou en 2029. Peu importe que ce soit par adhésion ou par dépit. L’échéance n’est plus qu’une question de temps. C’est presque mathématique. Le RN accèdera au pouvoir. 

Une 3e option n’a cependant jamais été envisagée. Cette 3e option exige un minimum de lucidité et de libre arbitre. Elle consiste à ne rien attendre des professionnels du mandat dont la parole a définitivement perdu toute crédibilité et à agir par nous-mêmes. Comme en témoigne la multiplicité des candidatures qui émergent à chaque nouveau scrutin, nombres de citoyens souhaitent en effet prendre part au débat démocratique. Ils en sont soigneusement écartés par les médias dont le silence à leur égard prend la forme d’une complicité tacite en faveur des partis traditionnels aujourd’hui hors jeu. Cette alternative citoyenne est pourtant la seule véritable alternative que nous n’ayons jamais tenté, celle d’une démocratie vivante où les Souris définiraient elles-mêmes le projet de société dans lequel elles veulent vivre et les lois qui en définissent les règles de fonctionnement. 

Il est temps que la société civile s’affranchisse du carcan des partis, qu’elle se mobilise, se rassemble, s’organise et bâtisse un projet de bon sens. Un projet coordonné, construit autour de propositions pragmatiques et non-dogmatiques. Un projet porté par des citoyens libres de penser par eux-mêmes et ne défendant que l’intérêt du plus grand nombre. Un projet centré uniquement sur les idées et non sur celui qui les porte. Un tel projet serait de nature à rendre ses lettres de noblesses à l’engagement politique. 

En réservant le pouvoir de décision aux seuls partis politiques, la Constitution à institué notre impuissance collective à agir. Elle est là, la cause des causes. Mais le temps est venu qu’à l’alternance stérile et mortifère des partis s’oppose désormais une alternative citoyenne de reconquête du pouvoir.

C’est le sens de l’Histoire.

 

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