Si j'étais candidat en 2022

Publié le 16 septembre 2019

Au cours de cet été, je me suis lancé dans un grand ménage des archives du Parti du Vote Blanc. Avec une pointe de nostalgie, mais sans amertume, j’ai relu les centaines de publications et autres analyses soigneusement rédigées pendant ces 7 années de militantisme. J’ai souri devant les visuels provocateurs destinés aux réseaux sociaux, les communiqués de presse que les médias ont trop souvent ignorés et me suis replongé dans le projet de démocratie participative que nous avions proposé aux législatives de 2017. Si c’était à refaire, c’est sans hésitation que je le referais, avec la même énergie et entouré de la même équipe. 

Pour autant, la campagne de 2017 a révélé une difficulté que mon engagement désintéressé ne m’avait pas permis d’apprécier à sa juste valeur. Les électeurs votent en effet pour quelqu’un qui promet de faire des choses. Peu importe qu’il les fasse ou non après son élection. Une fois élu, il aura 5 ans pour changer d’avis et justifier ses renoncements. Dès lors, la promesse du « candidat-blanc » dont l’unique ambition est de démissionner pour provoquer un nouveau scrutin est incompatible avec notre culture politique. Cette certitude désormais acquise, je n’ai pu m’empêcher d’imaginer de quelle manière le projet du « candidat-blanc » de 2017 pourrait évoluer en « candidature citoyenne » pour 2022. 

Si j’étais candidat à la prochaine présidentielle, je serais porteur d’un projet collectif élaboré avec de nombreuses petites Souris issues du monde associatif et de la société civile. Les Français auraient été consultés préalablement à l’élaboration du projet. Ils auraient exprimés leurs attentes sur de nombreux sujets pour lesquels je proposerais des solutions de bon sens, pragmatiques et validées par des experts spécialistes de leurs domaines respectifs. 

Si j’étais candidat en 2022, l’économie du pays serait au service de la population, et non au service des marchés financiers. J’imposerais aux actionnaires du CAC40 un ‘’effort pour la nation’', sorte de plan Marshall consistant à geler leurs 50 milliards de dividendes pour les réinjecter dans l’économie réelle du pays. Je lancerais le chantier du Revenu Universel et inscrirais dans la Constitution le principe de « Règle d’Or » interdisant le vote d’un budget en déficit. J’organiserais un audit des finances publiques et réformerais les 457 niches fiscales qui privent les caisses de l’état de près de 85 milliards de recettes chaque année.

Si j’étais candidat en 2022, des mesures de bon sens visant à favoriser l’égalité et le vivre ensemble seraient engagées. J’instaurerais un jour férié œcuménique commun aux 3 religions monothéistes en signe de respect de toutes les croyances. La vie animale serait sanctuarisée. L’égalité entre les femmes et les hommes serait la règle dans tous les domaines. La « garantie des besoins essentiels » serait préférée au sacro-saint « pouvoir d’achat » qui nous pousse vers un consumérisme compulsif hors de contrôle. Le principe de « sobriété heureuse » si cher à Pierre Rabhi serait ma philosophie ; la consommation raisonnée ma doctrine économique.

Si j’étais candidat à la présidentielle de 2022, je ne serais pas démissionnaire mais m’engagerais pour un mandat de 2 ans à l’issue duquel je proposerais par referendum qu’il soit maintenu, ou non, pour les trois années suivantes. Les membres de mon futur gouvernement seraient connus avant le scrutin. Ainsi, les électeurs ne voteraient pas pour un Messie providentiel mais pour un véritable projet de société et une équipe pour le mettre en oeuvre. Les citoyens disposeraient d’un droit de regard sur l’action de mon gouvernement. Je transformerais le CESE en Chambre Citoyenne, supprimerais les 1250 comités « théodules », véritables planques dorées de la République et abolirais tous les privilèges des anciens présidents.

Au cours de cette période, je lancerais les réformes choc indispensables que le monde politique refuse d’engager. La « conscience de la Terre » serait à l’épicentre de chaque décision ; aucune loi ne serait votée sans une prise en compte de ses conséquences sur la planète. Une nouvelle Constitution serait à l’étude. Elle aurait à définir des règles équitables du jeu démocratique, revaloriser le rôle du citoyen au coeur de nos institutions, établir les modalités de désignations des futurs candidats, respecter leur égalité de traitement dans les médias et encadrer le pouvoir des élus par un contre-pouvoir populaire non-partisan. Elle prévoirait notamment que les élections aient lieu à un seul tour et à la proportionnelle intégrale. Le vote blanc serait intégré au calcul des résultats.

Pour pouvoir être présenté aux Français, un tel projet collectif devrait évidemment surmonter de nombreux obstacles, qu’il s’agisse du barrage financier, de la censure médiatique ou du droit de veto politique que représente le parrainage arbitraire de 500 élus. Mais en dépit de difficultés évidentes, les mots de Mark Twain résonnent au fond de moi comme une rengaine entêtante : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ».

 

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