Le Filou, la Fripouille...ou la chaise vide ?

Publié le 25 avril 2016

Le dernier baromètre de confiance Cevipof est sans appel. Avec 88% de personnes ayant une mauvaise opinion de nos responsables politiques, le désaveu atteint des sommets. 75% d’entre elles considèrent même que nos hommes politiques seraient corrompus. En d’autres termes, les Français en ont ras-le-bol. Pourrait-il en être autrement !

Il faut dire que le #PenelopeGate qui s’étale en Une de nos journaux depuis une semaine est certainement la goutte d’eau qui fait déborder le vase. François Fillon, candidat de l’honnêteté, champion de l’intégrité et de la morale, pris la main dans le pot de confiture dans une affaire mêlant emplois fictifs et détournement d’argent publique. Les yeux dans les yeux, Cahuzac n’aurait pas fait mieux !

Pendant que la presse se déchaine sur le cas Fillon, on en oublierait presque les soupçons de fraudes qui ont marqué le 1er tour de la primaire de Gauche, le détournement présumé des fonds de Bercy par Emmanuel Macron pour financer sa Marche ou les millions d’euros disparus du Sénat au profit d’élus UMP peu scrupuleux. Et ce n’est pas le Front National qui donnera des leçons en la matière. La Commission Européenne lui réclame plus d’1M€ pour présomption d’emplois fictifs. 

N’en jetez plus, la coupe est pleine !

Face à un tel feu d’artifice, Patrick Balkany passerait presque pour un braqueur à la petite semaine et la condamnation de Claude Guéant à 2 ans de prison - dont 1 ferme - pour une anecdote !

Tous pourris ? Non, non, je ne l’ai pas dit. 

 

Comment le citoyen de base, soumis au contrôle de l’administration fiscale et sanctionné quand il est pris en faute, peut-il interpréter ces affaires autrement qu’en se persuadant que «ceux d’en haut» s’affranchissent des lois communes pour arrondir indûment leurs fins de mois ? Comment ne pas nourrir le sentiment légitime que cette classe politique décidément hors sol n’agit que pour son propre profit. Combien d’affaires de ce type allons-nous encore supporter ? Nul besoin d’études sociologiques savantes pour expliquer la montée de l’abstention et le succès du Front National comme vote défouloir. Que leur reste t-il comme choix à ces électeurs, ulcérés par de tels scandales à répétition, lorsqu’ils se présentent dans l’isoloir ? 

 

Mais entre voter par défaut et décider en conscience qu’aucun candidat ne mérite leur vote, les citoyens pourraient-ils tout simplement refuser de cautionner ces candidats ? Personne ne se pose en effet la question de savoir si nous sommes réellement obligés de voter pour quelqu’un. Le trône de France pourrait-il rester vide si le peuple considère qu’aucun des prétendant n’est digne de confiance ?

Que se passerait-il si aucun candidat n’était élu à l’élection présidentielle ? 

 

La réponse se trouve en partie dans l’exemple Belge. En 2010, la Belgique est restée 18 mois sans gouvernement. Aucune majorité ne s’étant dégagée des élections, aucun parti n’a pu prendre le pouvoir. 

Qui a été le plus pénalisé dans cette affaire, les Belges ? Pas du tout. Pour les gens, cette anomalie gouvernementale n’a rien changé à leurs habitudes. Le courrier était toujours distribué dans les boîtes aux lettres, les supermarchés correctement achalandés, les écoles ouvertes, les transports en commun assurés, les distributeurs de billets alimentés. En fait, ceux qui ont été le plus touchés par l’absence de gouvernement n’étaient pas les citoyens, mais les politiciens eux-mêmes !

Résultat de ce blocage, au bout de 18 mois, les partis politiques ont été contraints de revoir leurs positions et convenir d’un terrain d’entente permettant l’organisation d’un nouveau gouvernement. 

L’exemple Belge n’est pas le seul du genre. Plus récemment, c’est en effet l’Espagne qui s’est illustrée en restant 10 mois sans majorité gouvernementale. Quelqu’un est-il mort de cette situation ? Pas dans la population en tout cas…

 

N’y aurait-il pas dans ces exemples voisins quelques bonnes nouvelles dont nous pourrions nous inspirer ?

Nous savons que la politique est un peu comme la nature : elle a horreur du vide. Cette peur du ‘’siège vacant’’ nous persuade que chaque poste doive impérativement être pourvu et qu’un vainqueur sorte obligatoirement de ces assommantes campagnes médiatiques. C’est cette obligation de résultat qui conduit l’électeur à devoir désigner un vainqueur coûte que coûte, quels que soient les candidats, et sur des critères souvent éloignés du débat politique à proprement parler. 

Mais quand autant de soupçons, de triche ou de magouilles avérées pèsent sur les épaules des candidats en présence, est-ce réellement notre intérêt, à nous électeurs, de choisir parmi l’un d’eux sous prétexte fallacieux qu’il en faudrait absolument un ? Ne devrions-nous pas, au contraire, envisager le rejet de tous ces candidats comme une pause nécessaire, un moment de silence dans le vacarme médiatique, un préalable indispensable au renouvellement de nos élites ?

Décider en conscience, et en toute lucidité, qu’aucun candidat ne convient ne serait-il pas la solution qui mettra fin au carriérisme et à cette corruption qui gangrène l’ensemble de l’institution politique et à laquelle nous avons fini par nous habituer ? 

 

En toute objectivité, quel serait, pour nous, le plus grand risque : confier le destin de la Nation à un escroc ou un(e) incompétent(e) ou bien laisser la place vide quelques semaines, le temps qu’un nouveau scrutin ait lieu avec de nouveaux candidats que nous aurions, cette fois, le droit de choisir ?

Inscription à la Lettre du Pays des Souris

Inscrivez-vous à la Newsletter et recevez tous les 15 jours mon analyse décalée de l'actualité politique du pays.

©Stephane Guyot 2019 - Tous droits réservés