Acteur Studio

Publié le 23 avril 2019

Un acteur de cinéma élu Président de la République. C’est ce que viennent de décider nos voisins Ukrainiens ce dimanche 21 avril. Totalement néophyte en politique et volontairement absent des traditionnels débats TV, l’humoriste Volodymyr Zelenski a mené sa campagne à travers une série télé à succès, « le serviteur du peuple », dans laquelle il incarne le rôle d’un prof d’histoire devenu président par hasard. La fiction est donc devenue réalité. 

Ce n’est d'ailleurs pas la première fois qu’un comédien accède aux plus hautes fonctions politiques. De 1981 à 1989, c’est l’acteur américain Ronald Reagan qui sera élu président des Etats-Unis. Quelques années plus tard, un autre acteur, Arnold Schwarzenegger, sera élu au poste de gouverneur de Californie. Sa nationalité autrichienne lui interdira d’accéder à la Maison Blanche.

Avec ce brin d’arrogance qui nous caractérise parfois, nous serions tentés de sourire face à ces victoires politiques hors normes. Imaginerait-on un instant qu’en France, nous votions nous aussi pour un acteur de cinéma ? Impensable !

N’est-ce pas, pourtant, ce que nous faisons déjà ?

Omniprésents dans les médias, nos représentants se comportent comme des comédiens de série TV dont nous suivons chaque épisode. Grande messe du 20h, talk-shows politiques quotidiens sur les chaînes d’info continue, c’est 24h/24 et 7j/7 que les mêmes acteurs livrent leurs discours formatés. Le vocabulaire est soigneusement choisi, les punchline affutées et les éléments de langages préalablement définis par des communicants qui, à l’image des scénaristes hollywoodiens, ont écrit le texte que ces comédiens viendront réciter sur un plateau de télévision. Rien n’est laissé au hasard. Le décor est planté. La scène peut commencer. Action, moteur, ça tourne !

La « télé-à-Chat » se comporte comme un porte-voix du pouvoir dont elle gère le service après-vente. Elle nous assomme quotidiennement d’opérations de communication qu’elle maquille en information, assurant ainsi la pérennité d’un système qui transforme une minorité sociologique en majorité politique.

De leur côté, les « électeurs-Souris » sont manipulés par les effets dévastateurs du petit théâtre politique qui se joue sous leurs yeux. Tel un Loft Story dont les participants porteraient costumes de bonne coupe et cravate assortie, ils suivent en direct et en prime time les moindres faits et gestes de ces aspirants au pouvoir. Ils ne votent désormais plus pour des idées ou pour un projet mais pour le plus souriant, le plus jeune, le plus bruyant ou le plus télégénique des candidats-Chats. A aucun moment la question de la compétence n’intervient comme un critère dans leur préférence de vote. Le jour du scrutin, dans le silence de l’isoloir, seul face aux piles de bulletins, ils choisiront par réflexe suggéré un candidat qu’ils auront le sentiment rassurant de connaître à force de l’avoir vu dans le petit écran. C’est leur présence quotidienne dans les médias qui assure à ces comédiens la victoire dans les urnes.

Cette overdose médiatique pose un autre problème plus pernicieux. Elle participe à la construction de la légitimité électorale de ces chefs de clans comme étant les seuls candidats crédibles, les seuls à pouvoir s’exprimer tous les jours quels que soient les sujets à traiter, les seuls à pouvoir émettre un avis sur un problème et proposer une solution pour y remédier. Pourtant, ne pourrait-on envisager de présenter à l’élection présidentielle des candidats qui ne soient pas issus du sérail politique habituel ? Sachant que les partis ne représentent, en nombre d’adhérents, qu’à peine 2% du corps électoral, la question relève du simple bon sens. La logique mathématique laisse en effet supposer que les compétences dont la France a besoin se cacheraient davantage dans les 98% de la population qui n’adhèrent à aucun parti que dans la minorité partisane qui gère le pays depuis 40 ans.

Contrairement à l’Ukraine, le système politique français a verrouillé la désignation des candidats par le filtre mafieux dit des 500 parrainages. Elle serait pourtant là, la solution. Permettre aux citoyens d’intervenir en amont des élections et participer eux-mêmes à la sélection des candidats qui seront soumis aux votes des électeurs…

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